Question 173

LE MODE DE LA CONNAISSANCE PROPHÉTIQUE

1. Les prophètes voient-ils l’essence même de Dieu ? - 2. La révélation prophétique se fait-elle par infusion de certaines représentations, ou seulement par infusion d’une lumière ? - 3. Comporte-t-elle toujours l’abstraction des sens ? - 4. La prophétie comporte-t-elle toujours la connaissance de ce qui est prophétisé ?

Article 1

Les prophètes voient-ils l’essence même de Dieu ?

Objections : 1. La réponse semble affirmative. Au sujet de ce passage d’Isaïe (38, 1) : " Prépare ta demeure, etc. ", la Glose remarque : " Les prophètes peuvent lire dans le livre même de la prescience de Dieu, où tout est écrit. " Or la prescience de Dieu, c’est son essence. Les prophètes voient donc l’essence même de Dieu.

2. S. Augustin a écrit : " C’est dans cette éternelle vérité, de laquelle toutes les réalités temporelles ont été faites, que nous voyons, avec le regard de l’âme, la forme de notre être et de notre action. " Or, parmi tous les hommes, ce sont les prophètes qui ont la plus haute connaissance des réalités divines. Ce sont donc eux surtout qui voient l’essence divine.

3. Les événements futurs contingents sont connus à l’avance par les prophètes selon l’immuable vérité. Or ils ne sont tels qu’en Dieu lui-même. Les prophètes voient donc Dieu lui-même.

En sens contraire, la vision de l’essence divine ne cessera pas dans la patrie. Or " la prophétie disparaîtra " (1 Co 13, 8). La prophétie ne se produit donc pas par la vision de l’essence divine.

Réponse : La prophétie comporte une connaissance divine qui est comme éloignée de nous. Aussi lit-on dans l’épître aux Hébreux (11, 13) à propos des prophètes : " C’est de loin qu’ils regardaient. " Or ceux qui sont au ciel, dans la béatitude, ne voient pas comme de loin mais, pour ainsi dire, de tout près, selon ce mot du Psaume (140, 14) : " Les justes demeureront devant ta face. " Il est donc évident que la connaissance prophétique est autre que la connaissance parfaite du ciel. Elle s’en distingue comme l’imparfait du parfait ; et elle s’évanouira lorsque l’autre surviendra, comme le montre l’Apôtre (1 Co 13, 8).

Certains, voulant distinguer la connaissance des prophètes de celle des bienheureux, ont prétendu que les prophètes voyaient l’essence divine, qu’ils appellent " miroir éternel ", non pas pourtant en tant qu’elle est l’objet de béatitude, mais en tant qu’elle contient les raisons des événements futurs. Or cela est absolument impossible. En effet, Dieu est objet de béatitude selon son essence même. S. Augustin le remarque : " Bienheureux celui qui te connaît, même s’il ignore les créatures. " Mais il n’est pas possible de voir les raisons des créatures dans l’essence divine même, si l’on ne connaît pas cette essence. D’une part, en effet, l’essence divine est la raison de tout ce qui se fait ; or la raison idéale n’ajoute à l’essence divine qu’un rapport aux créatures. D’autre part, on connaît d’abord une réalité en soi avant de la connaître par comparaison avec autre chose, ce qui revient ici à connaître Dieu comme objet de béatitude, avant de le connaître selon les raisons des choses qui existent en lui. C’est pourquoi les prophètes ne peuvent voir Dieu selon les raisons des créatures, sans qu’ils le connaissent comme objet de béatitude.

Il faut donc soutenir que la vision prophétique n’est pas la vision de l’essence divine elle-même ; et ce n’est pas non plus dans cette essence divine que les prophètes contemplent ce qu’ils voient, mais dans certaines similitudes qu’éclaire la lumière divine. Aussi lit-on chez Denys, au sujet des visions prophétiques : " Le sage théologien appelle divine la vision produite par la similitude des réalités qui manquent de forme corporelle, parce que les voyants remontent du plan de la similitude à celui des choses divines. " Ce sont ces similitudes, éclairées par la lumière divine, qui méritent le nom de miroir, bien plutôt que l’essence divine. Car dans un miroir se reflètent les images des autres réalités, ce qu’on ne peut dire de Dieu ; tandis que cette illumination de l’esprit par mode prophétique peut être appelée miroir, en tant qu’il s’y reflète une image de la vérité, de la prescience divine. C’est pourquoi on la nomme " miroir éternel ", parce qu’elle représente la prescience de Dieu qui, dans son éternité, voit toutes choses d’une manière présente, comme on l’a établi plus haut.

Solutions : 1. Les prophètes lisent dans le livre de la prescience de Dieu pour autant que, de cette prescience même de Dieu, la vérité se reflète dans l’esprit du prophète.

2. On dit de l’homme qu’il voit dans la vérité première la propre forme de son être, en tant que la ressemblance de cette vérité première se reflète dans l’esprit humain. Et c’est ainsi que l’âme a le pouvoir de se connaître elle-même.

3. Les futurs contingents sont en Dieu selon une immuable vérité. Dieu peut donc imprimer dans l’esprit des prophètes une connaissance semblable, sans que pour cela les prophètes voient Dieu par essence.

Article 2

La révélation prophétique se fait-elle par infusion de certaines représentations, ou seulement par infusion d’une lumière ?

Objections : 1. Il semble que Dieu imprime seulement une nouvelle lumière. D’après S. Jérôme en effet, les prophètes utilisent les images du milieu dans lequel ils ont vécu. Mais, si la vision prophétique se faisait par l’impression de représentations nouvelles, leur vie antérieure ne leur servirait de rien. Des représentations ne sont donc pas imprimées à nouveau dans l’esprit du prophète, mais seulement une lumière prophétique.

2. Selon S. Augustin ce n’est pas la vision imaginative qui fait un prophète, mais seulement la vision intellectuelle. Voilà pourquoi on lit aussi dans Daniel (10, 1) ; " La vision a besoin d’intelligence. " Or la vision intellectuelle, remarque encore S. Augustin ne se produit pas par certaines similitudes, mais par la vérité même des réalités. La révélation prophétique ne semble donc pas se faire par l’impression de représentations.

3. Par le don de prophétie, l’Esprit Saint montre aux hommes ce qui dépasse leur faculté naturelle. Or l’homme peut, par sa faculté naturelle, se former des représentations de toutes les réalités. Ce ne sont donc pas des images ou des idées qui sont données dans la vision prophétique, mais seulement la lumière intelligible.

En sens contraire, le Seigneur dit dans Osée (12, 11) : " je leur ai multiplié les visions et, grâce aux prophètes, on a connu ma ressemblance. " Or la multiplication des visions ne se fait pas selon la lumière intelligible, qui est commune à toutes les visions prophétiques, mais, seulement par la diversité des représentations, selon lesquelles se fait aussi la ressemblance. Il semble donc que, dans la vision prophétique, sont imprimées de nouvelles représentations des réalités, et non pas seulement une lumière intelligible.

Réponse : D’après S. Augustin " la connaissance prophétique a surtout pour siège l’esprit ". Or, au sujet de la connaissance de l’esprit humain, il y a deux choses à considérer : le mode de réception ou de représentation des réalités, et le jugement sur les réalités représentées. Les réalités sont représentées à l’esprit humain par des idées (ou species) ; normalement, il est nécessaire que ces représentations passent par les sens, puis par l’imagination, et aboutissent à l’intellect possible ; celui-ci est modifié par les représentations d’images qu’éclaire l’intellect agent. Or l’imagination ne fait pas que recevoir les formes des choses sensibles telles qu’elles viennent des sens, elle subit aussi diverses transformations ; soit par suite de modifications corporelles, comme il arrive dans le sommeil ou la folie, soit par suite d’une intervention de la raison, qui dispose les images en vue de ce qu’il faut comprendre. En effet, quand on change l’ordre des lettres dans un mot, le sens diffère ; de même aussi, si l’on dispose de diverses manières les images, il en résulte dans l’intelligence des idées intelligibles différentes. Quant au jugement de l’esprit humain sur ces représentations, il dépend de la force de la lumière intellectuelle qui les éclaire.

Or, par le don de prophétie, l’esprit humain est surélevé au-dessus de ses facultés naturelles quant aux deux éléments qu’on vient de dire ; d’abord quant au jugement, par l’influx d’une lumière intellectuelle ; ensuite quant à la représentation des réalités, qui se fait par les images ou les idées. Sous ce second rapport seulement, on peut comparer l’enseignement humain à la révélation prophétique ; en effet, le mettre présente à son disciple les réalités au moyen du langage, mais il ne peut l’illuminer intérieurement, comme Dieu le fait. Or, dans la prophétie, c’est la surélévation du jugement qui est la plus importante, car c’est dans un jugement que s’achève la connaissance. C’est pourquoi, si quelqu’un est gratifié par Dieu de la vision de certaines réalités à l’aide de similitudes imaginatives, comme le furent Pharaon et Nabuchodonosor, ou encore à l’aide de similitudes corporelles, comme Balthazar, il ne faut pas le considérer comme un prophète, à moins que son esprit n’ait reçu une lumière qui le rende capable de porter un jugement ; cette vision sans jugement est une espèce imparfaite dans l’ordre de la prophétie ; aussi certains l’appellent-ils " une prophétie fortuite, involontaire ", comme l’est la divination des songes. Mais il sera prophète, celui dont l’intelligence seule aura été éclairée pour juger même ce que d’autres ont vu dans leur imagination : ainsi joseph qui expliqua le songe de Pharaon. Toutefois, remarque S. Augustin : " Celui-là surtout mérite le nom de prophète, qui excelle en l’un et l’autre genres : voir en esprit les similitudes désignant les réalités corporelles, et en même temps, les comprendre par la vivacité de son esprit. "

Voici de quelles manières les réalités sont manifestées par Dieu à l’esprit du prophète. Tantôt c’est par l’intermédiaire des sens extérieurs, au moyen de formes sensibles ; par exemple Daniel vit des inscriptions sur la muraille. Tantôt c’est au moyen de formes imprimées dans l’imagination, soit que Dieu les imprime directement, sans qu’elles soient reçues par les sens ; tel serait le cas d’un aveugle-né dans l’imagination duquel s’imprimeraient les images des couleurs ; soit aussi que Dieu arrange de façon spéciale les formes reçues par les sens : tel le cas de Jérémie (1, 13), qui vit " bouillir une chaudière venant du nord ". Tantôt enfin, c’est au moyen d’idées imprimées dans l’esprit du prophète ; c’est le cas de ceux qui reçoivent la science ou la sagesse infuses, comme Salomon et les Apôtres.

Quant à la lumière intelligible, elle est donnée par Dieu à l’esprit humain, soit pour juger ce qui a été vu par d’autres : on l’a remarqué pour Joseph, et il en est de même des Apôtres auxquels " le Seigneur ouvrit l’esprit afin qu’ils comprennent les Écritures " (Le 24, 45) ; c’est là l’objet de " l’interprétation des discours ", soit pour juger selon la vérité divine ce que l’homme saisit avec ses facultés naturelles ; soit aussi pour juger d’une manière vraie et efficace ce qui est à faire, selon cette parole d’Isaïe (63, 14) : " L’esprit du Seigneur a été son guide. "

Il ressort donc de cet exposé que la révélation prophétique se fait quelquefois seulement par influx de lumière ; d’autres fois par l’impression de représentations nouvelles ou organisées différemment.

Solutions : 1. On l’a vu, lorsque dans la révélation prophétique Dieu ordonne les images précédemment reçues par les sens, afin de les rendre aptes à révéler une vérité, la vie menée antérieurement apporte quelque chose à ces analogies ; il n’en est pas de même lorsqu’elles sont entièrement imprimées de l’extérieur.

2. La vision intellectuelle ne se produit pas à l’aide de similitudes corporelles et individuelles, pourtant elle requiert une certaine similitude intellectuelle. Aussi S. Augustin dit-il que l’âme possède quelque ressemblance avec la forme qu’elle connaît ". Et cette similitude intellectuelle, dans la vision prophétique, est parfois immédiatement imprimée par Dieu ; d’autres foi, elle résulte, avec l’aide de la lumière prophétique, des formes imprimées dans l’imagination ; car, sous ces formes, l’esprit découvre une vérité plus profonde, à la clarté d’une lumière plus vive.

3. L’homme a la faculté naturelle de produire toutes les formes situées dans l’imagination, si on les considère d’une manière absolue ; mais non pas celle de les combiner de telle sorte qu’elles puissent représenter des vérités intelligibles qui dépassent son intelligence ; aussi lui faut-il pour cela le secours d’une lumière surnaturelle.

Article 3

La vision prophétique est-elle toujours accompagnée de l’aliénation des sens ?

Objections : 1. Il semble bien. On lit en effet dans les Nombres (12, 6) : " S’il y a parmi vous un prophète, je lui apparaîtrai dans une vision ou je lui parlerai dans un songe. " Et la Glose dit sur le début du Psautier : " L’apparition qui se fait dans les songes et dans les visions n’est qu’une apparence. " Or, s’il n’y a qu’apparence là où il devrait y avoir réalité, c’est qu’il s’est produit une aliénation des sens. La prophétie requiert donc toujours cette aliénation des sens.

2. Lorsqu’une puissance s’applique avec intensité à son opération, les autres puissances suspendent leur exercice ; par exemple, ceux qui apportent une grande attention à écouter quelque chose sont incapables de voir ce qui se passe devant eux. Or, dans la vision prophétique, l’intelligence, par suite de l’élévation de ses pensées, s’applique avec une suprême intensité à son acte. Voilà pourquoi il semble qu’il y ait toujours abstraction des sens.

3. Il est impossible de se tourner à la fois de deux côtés opposés. Or, dans la vision prophétique, l’esprit est orienté vers la réalité supérieure qui l’inspire ; il ne peut donc en même temps se tourner vers les réalités sensibles. Il semble donc nécessaire que la révélation prophétique se fasse toujours avec abstraction des sens.

En sens contraire, S. Paul écrit (1 Co 14, 32) " L’esprit des prophètes est soumis aux prophètes. " Or cela serait impossible si le prophète n’était pas maître de lui-même, étant devenu étranger à ses sens. La vision prophétique ne s’accompagne donc pas de l’aliénation des sens.

Réponse : La révélation prophétique, on l’a vu à l’article précédent, se fait de quatre manières : par l’influx d’une lumière intelligible ; par octroi d’idées nouvelles ; par impression ou nouvelles combinaisons de formes dans l’imagination ; par la représentation de formes sensibles. Or il est évident qu’il n’y a pas abstraction des sens lorsqu’une réalité est présentée à l’esprit du prophète par des formes sensibles, soit que Dieu les forme spécialement à cette fin, tels le buisson montré à Moïse ou l’inscription montrée à Daniel ; soit même que d’autres causes les produisent, mais avec un dessein voulu par la providence divine ; ainsi l’arche de Noé symbolisant l’Église.

Il n’est pas davantage nécessaire qu’il y ait aliénation des sens extérieurs lorsque le prophète est éclairé par une lumière intellectuelle ou doté d’idées nouvelles ; car en nous le jugement de l’intelligence exige pour sa perfection un retour vers les réalités sensibles, qui sont à l’origine de notre connaissance comme nous l’avons établi dans la première Partie.

Au contraire, lorsque la révélation prophétique se fait à l’aide de formes de l’imagination, l’abstraction des sens est nécessaire pour que cette apparition des images ne soit pas confondue avec les réalités perçues par les sens extérieurs. En ce cas, l’abstraction des sens peut être parfaite ou imparfaite : elle est parfaite lorsque l’on n’a plus aucune perception sensible ; elle est imparfaite lorsque l’on continue de percevoir par les sens, sans toutefois discerner complètement les objets extérieurs de ce que l’on voit par l’imagination. Aussi S. Augustin écrit-il : " On voit les images des corps qui sont produites dans l’âme comme on perçoit les corps en réalité, de sorte que l’on ne fait pas de différence entre un homme présent et un homme absent que l’on considère en imagination comme avec les yeux. " Toutefois, cette aliénation des sens n’est pas, chez les prophètes, l’effet d’un désordre de nature, comme chez les possédés et les fous, mais le résultat d’une cause ordonnée, soit naturelle comme le sommeil, soit spirituelle comme l’intensité de la contemplation ; ainsi dans le cas de Pierre qui en priant dans la chambre haute (Ac 10, 9) " fut ravi hors de ses sens ", soit divine, selon cette parole du livre d’Ézéchiel (1, 3) : " La main du Seigneur s’est posée sur lui. "

Solutions : 1. Ces textes parlent des prophètes qui reçoivent de nouvelles formes dans l’imagination ou un nouvel arrangement de formes antérieurement acquises, soit pendant le sommeil, d’où le terme de " songe ", soit pendant la veille, d’où le terme de " vision ".

2. Lorsque l’esprit applique son attention à saisir des réalités absentes, qui sont cachées aux sens, l’intensité de cette application produit une aliénation des sens. Mais quand l’esprit s’applique à combiner ou à juger les réalités sensibles, il ne faut pas qu’il soit abstrait des sens.

3. Chez le prophète, le mouvement de l’esprit ne dépend pas de sa puissance propre, mais de celle d’une lumière supérieure. C’est pourquoi, lorsque par une lumière supérieure l’esprit du prophète est conduit à juger ou à combiner ce qui se rapporte aux réalités sensibles, il n’y a pas aliénation des sens ; celle-ci ne se produit que quand l’esprit est surélevé pour contempler de plus hautes vérités.

4. S’il est dit que l’esprit des prophètes leur est soumis, cela vise le discours prophétique dont parle ici l’Apôtre ; car, lorsque les prophètes annoncent ce qu’ils ont vu, c’est de leur propre gré, et non avec un esprit troublé comme les possédés, ainsi que le prétendaient Priscille et Montan. Mais, dans la révélation prophétique elle-même, les prophètes sont bien plutôt soumis à l’esprit de prophétie, c’est-à-dire au charisme prophétique.

Article 4

La prophétie comporte-t-elle toujours la connaissance de ce qui est prophétisé ?

Objections : 1. Il semble que oui. S. Augustin écrit : " Pour ceux à qui des signes étaient montrés en imagination par des ressemblances de réalités corporelles, il n’y avait pas encore de prophétie, tant que l’esprit n’était pas intervenu pour comprendre ces signes. " Or ce qui est compris ne peut rester inconnu. Le prophète n’ignore donc pas ce qu’il prophétise.

2. La lumière prophétique est plus parfaite que celle de la raison naturelle. Or celui qui possède la science par la lumière naturelle n’ignore pas ce qu’il sait. Celui qui énonce quelque vérité par la lumière prophétique ne peut donc pas l’ignorer non plus.

3. Enfin, la prophétie a pour but d’éclairer l’homme (2 P 1, 19) : " Vous avez les oracles prophétiques, auxquels vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur. " Or, qui pourrait éclairer les autres, s’il n’était pas éclairé lui-même ? Il semble donc que le prophète soit d’abord éclairé lui-même pour connaître ce qu’il annonce aux autres.

En sens contraire, on lit en S. Jean (11, 5 1) " Caïphe ne dit pas cela de lui-même, mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour le peuple, etc. " Or Caïphe ne comprit pas ce qu’il disait. Tous ceux qui prophétisent ne connaissent donc pas ce qu’ils annoncent.

Réponse : Dans la révélation prophétique l’esprit du prophète est mû par l’Esprit Saint comme un instrument déficient par rapport à l’agent principal. Or le Saint-Esprit pousse l’esprit du prophète, soit à comprendre, soit à annoncer, soit à faire quelque chose ; tantôt à ces trois actes ensemble, tantôt à deux d’entre eux, tantôt à un seul. Et il peut se produire, dans chacun de ces cas, qu’il y ait chez le prophète un défaut de connaissance.

Car, puisque l’esprit du prophète est mû pour juger ou pour saisir une vérité, il arrive parfois qu’il saisisse cette vérité, mais sans se rendre compte qu’elle lui a été révélée par Dieu ; d’autres fois au contraire il s’en rend compte. De même, dans le cas d’annonce prophétique, l’esprit du prophète, tantôt comprend ce que l’Esprit Saint affirme par sa bouche, comme David qui disait (2 S 23, 2) : " L’esprit du Seigneur a parlé par moi ", - tantôt ne saisit pas ce que l’Esprit Saint a voulu signifier par les paroles qu’il prononce, comme Caïphe. Enfin il en va de même dans le cas d’action prophétique ; parfois les prophètes comprennent la signification de leur acte, tel Jérémie qui cache sa ceinture dans l’Euphrate (3, 59) ; parfois ils n’en ont aucune conscience : par exemple les soldats qui se sont partagé les vêtements du Christ ne comprirent pas ce que cela figurait.

Donc, lorsque quelqu’un a conscience qu’il est conduit par l’Esprit Saint soit à juger une vérité, soit à l’exprimer par la parole ou par l’action, cela relève en propre de la prophétie. Tandis que, lorsqu’il est mû par l’Esprit Saint, mais sans le savoir, il n’y a pas prophétie parfaite, mais impulsion prophétique. Cependant, il faut reconnaître que, l’esprit du prophète étant un instrument déficients, nous l’avons dit, même les vrais prophètes ne connaissent pas tout ce que l’Esprit Saint veut obtenir, soit par leurs visions, soit par leurs paroles, soit même par leurs actions.

Cela donne clairement la réponse aux objections car ces arguments d’introduction parlent des vrais prophètes, dont l’esprit est parfaitement éclairé par Dieu.