LES LIVRES SAPIENTIAUX

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JOB

1

1 Il y avait jadis, au pays de Uç, un homme appelé Job : un homme intègre et droit qui craignait Dieu et se gardait du mal.
2 Sept fils et trois filles lui étaient nés.
3 Il possédait aussi sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de boeufs et cinq cents ânesses, avec de très nombreux serviteurs. Cet homme était le plus fortuné de tous les fils de l'Orient.
4 Ses fils avaient coutume d'aller festoyer chez l'un d'entre eux, à tour de rôle, et d'envoyer chercher leurs trois soeurs pour manger et boire avec eux.
5 Or, une fois terminé le cycle de ces festins, Job les faisait venir pour les purifier et, le lendemain, à l'aube, il offrait un holocauste pour chacun d'eux. Car il se disait : "Peut-être mes fils ont-ils péché et maudit Dieu dans leur coeur !" Ainsi faisait Job, chaque fois.
6 Le jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s'avançait parmi eux.
7 Yahvé dit alors au Satan : "D'où viens-tu ?" - "De parcourir la terre, répondit-il, et de m'y promener."
8 Et Yahvé reprit : "As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'a point son pareil sur la terre : un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s'écarte du mal !"
9 Et le Satan de répliquer : "Est-ce pour rien que Job craint Dieu ?
10 Ne l'as-tu pas entouré d'une haie, ainsi que sa maison et son domaine alentour ? Tu as béni toutes ses entreprises, ses troupeaux pullulent dans le pays.
11 Mais étends la main et touche à tout ce qu'il possède ; je gage qu'il te maudira en face !" -
12 "Soit ! dit Yahvé au Satan, tout ce qu'il possède est en ton pouvoir. Évite seulement de porter la main sur lui." Et le Satan sortit de devant Yahvé.
13 Le jour où les fils et les filles de Job étaient en train de manger et de boire chez leur frère aîné,
14 un messager vint dire à Job : "Tes boeufs labouraient et les ânesses paissaient à côté d'eux
15 quand les Sabéens ont fondu sur eux et les ont enlevés, après avoir passé les serviteurs au fil de l'épée. Moi seul, j'en ai réchappé et je suis venu te l'annoncer."
16 Il parlait encore quand un autre survint et dit : "Le feu de Dieu est tombé du ciel ; il a brûlé les brebis et les pâtres jusqu'à les consumer. Moi seul, j'en ai réchappé et suis venu te l'annoncer."
17 Il parlait encore quand un autre survint et dit : "Les Chaldéens, divisés en trois bandes, ont fait un raid contre les chameaux et ils les ont enlevés, après avoir passé les serviteurs au fil de l'épée. Moi seul, j'en ai réchappé et suis venu te l'annoncer."
18 Il parlait encore quand un autre survint et dit : "Tes fils et tes filles étaient en train de manger et de boire du vin dans la maison de leur frère aîné.
19 Et voilà qu'un vent violent a soufflé du désert. Il a heurté les quatre coins de la maison et elle est tombée sur les jeunes gens, qui ont péri. Moi seul, j'en ai réchappé et suis venu te l'annoncer."
20 Alors Job se leva, déchira son vêtement et se rasa la tête. Puis, tombant sur le sol, il se prosterna
21 et dit : "Nu, je suis sorti du sein maternel, nu, j'y retournerai. Yahvé avait donné, Yahvé a repris : que le nom de Yahvé soit béni !"
22 En tout cela, Job ne pécha point et il n'imputa rien d'indigne à Dieu.

2

1 Un autre jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s'avançait parmi eux.
2 Yahvé dit alors au Satan : "D'où viens-tu ?" - "De parcourir la terre, répondit-il, et de m'y promener."
3 Et Yahvé reprit : "As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'a point son pareil sur la terre : un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s'écarte du mal ! Il persévère dans son intégrité et c'est en vain que tu m'as excité contre lui pour le détruire."
4 Et Satan de répliquer : "Peau après peau. Tout ce que l'homme possède, il le donne pour sa vie !
5 Mais étends la main, touche à ses os et à sa chair et je gage qu'il te maudira en face !" -
6 "Soit ! dit Yahvé au Satan, il est en ton pouvoir mais respecte pourtant sa vie."
7 Et le Satan sortit de devant Yahvé. Il frappa Job d'un ulcère malin, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête.
8 Job prit un tesson pour se gratter et il s'installa parmi les cendres.
9 Alors sa femme lui dit : "Pourquoi persévérer dans ton intégrité ? Maudis donc Dieu et meurs !"
10 Job lui répondit : "Tu parles comme une folle. Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur !" En tout cela, Job ne pécha point en paroles.
11 Trois amis de Job apprirent tous les malheurs qui l'avaient frappé. Ils arrivèrent chacun de son pays, Éliphaz de Témân, Bildad de Shuah, Çophar de Naamat. Ensemble, ils décidèrent d'aller le plaindre et le consoler.
12 De loin, fixant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors ils éclatèrent en sanglots. Chacun déchira son vêtement et jeta de la poussière sur sa tête.
13 Puis, s'asseyant à terre près de lui, ils restèrent ainsi durant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui adressa la parole, au spectacle d'une si grande douleur.

3

1 Enfin Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.
2 Il prit la parole et dit :
3 Périsse le jour qui me vit naître et la nuit qui a dit : "Un garçon a été conçu."
4 Ce jour-là, qu'il soit ténèbres, que Dieu, de là-haut, ne le réclame pas, que la lumière ne brille pas sur lui !
5 Que le revendiquent ténèbre et ombre épaisse, qu'une nuée s'installe sur lui, qu'une éclipse en fasse sa proie !
6 Oui, que l'obscurité le possède, qu'il ne s'ajoute pas aux jours de l'année, n'entre point dans le compte des mois !
7 Cette nuit-là, qu'elle soit stérile, qu'elle ignore les cris de joie !
8 Que la maudissent ceux qui maudissent les jours et sont prêts à réveiller Léviathan !
9 Que se voilent les étoiles de son aube, qu'elle attende en vain la lumière et ne voie point s'ouvrir les paupières de l'aurore !
10 Car elle n'a pas fermé sur moi la porte du ventre, pour cacher à mes yeux la souffrance.
11 Pourquoi ne suis-je pas mort au sortir du sein, n'ai-je péri aussitôt enfanté ?
12 Pourquoi s'est-il trouvé deux genoux pour m'accueillir, deux mamelles pour m'allaiter ?
13 Maintenant je serais couché en paix, je dormirais d'un sommeil reposant,
14 avec les rois et les grands ministres de la terre, qui se sont bâti des mausolées,
15 ou avec les princes qui ont de l'or en abondance et de l'argent plein leurs tombes.
16 Ou bien, tel l'avorton caché, je n'aurais pas existé, comme les petits qui ne voient pas le jour.
17 Là prend fin l'agitation des méchants, là se reposent les épuisés.
18 Les captifs de même sont laissés tranquilles et n'entendent plus les cris du surveillant.
19 Là voisinent petits et grands, et l'esclave est libéré de son maître.
20 Pourquoi donner à un malheureux la lumière, la vie à ceux qui ont l'amertume au coeur,
21 qui aspirent après la mort sans qu'elle vienne, fouillent à sa recherche plus que pour un trésor ?
22 Ils se réjouiraient en face du tertre funèbre, exulteraient de trouver la tombe.
23 Pourquoi ce don à l'homme dont la route est cachée et que Dieu entoure d'une haie ?
24 Pour nourriture, j'ai mes soupirs, comme l'eau s'épanchent mes rugissements.
25 Toutes mes craintes se réalisent et ce que je redoute m'arrive.
26 Pour moi, ni tranquillité, ni paix, ni repos : rien que du tourment !

4

1 Éliphaz de Témân prit la parole et dit :
2 Si on t'adresse la parole, tu vas perdre patience ? Mais qui pourrait garder le silence !
3 Vois, tu faisais la leçon à beaucoup, tu rendais vigueur aux mains défaillantes ;
4 tes propos redressaient l'homme qui chancelle, fortifiaient les genoux qui ploient.
5 Et maintenant, ton tour venu, tu perds patience, atteint toi-même, te voilà tout bouleversé !
6 Ta piété n'est-elle pas ton assurance, ton espérance, n'est-ce pas une vie intègre ?
7 Souviens-toi : quel est l'innocent qui a péri ? Où donc des hommes droits sont-ils exterminés ?
8 J'ai bien vu : ceux qui labourent le malheur et sèment la souffrance, les moissonnent.
9 Sous l'haleine de Dieu ils périssent, au souffle de sa colère ils sont anéantis.
10 Les rugissements du lion, les cris du fauve, les crocs des lionceaux sont brisés.
11 Le lion périt faute de proie, et les petits de la lionne se dispersent.
12 J'ai eu aussi une révélation furtive, mon oreille en a perçu le murmure.
13 A l'heure où les visions nocturnes agitent les pensées, quand une torpeur tombe sur les humains,
14 un frisson d'épouvante me saisit et remplit tous mes os d'effroi.
15 Un souffle glissa sur ma face, hérissa le poil de ma chair.
16 Quelqu'un se dressa... je ne reconnus pas son visage, mais l'image restait devant mes yeux. Un silence... puis une voix se fit entendre :
17 "Un mortel est-il juste devant Dieu, en face de son Auteur, un homme serait-il pur ?
18 A ses serviteurs mêmes, Dieu ne fait pas confiance, et il convainc ses anges d'égarement.
19 Que dire des hôtes de ces maisons d'argile, posées elles-mêmes sur la poussière ? On les écrase comme une mite ;
20 un jour suffit à les pulvériser. A jamais ils disparaissent, sans qu'on y prenne garde,
21 Les cordes de leur tente sont arrachées, et ils meurent dénués de sagesse."

5

1 Appelle maintenant ! Est-ce qu'on te répondra ? Auquel des saints t'adresseras-tu ?
2 En vérité, le dépit fait mourir l'insensé et la jalousie fait périr le sot.
3 Moi, j'ai vu un insensé prendre racine, Et soudain j'ai maudit sa demeure :
4 "Que ses fils soient privés de tout salut, accablés à la Porte sans défenseur ;
5 Que sa moisson nourrisse des affamés, car Dieu la lui ôte d'entre les crocs, et des hommes altérés en convoitent les biens."
6 Non, la misère ne sourd pas de terre, la peine ne germe pas du sol.
7 Mais l'homme est né pour la souffrance comme les étincelles s'envolent vers le haut.
8 Quant à moi, j'aurais recours à Dieu, à lui j'exposerais ma cause.
9 Il est l'auteur d'oeuvres grandioses et insondables, de merveilles qu'on ne peut compter.
10 Il répand la pluie sur la terre, envoie les eaux sur les campagnes.
11 S'il veut relever les humiliés, pousser les affligés au comble du bonheur,
12 il déjoue les desseins des gens habiles, incapables de mener à bien leurs intrigues.
13 Il prend les sages au piège de leurs habiletés, rend stupides les conseillers retors.
14 En plein jour ils se heurtent aux ténèbres, ils tâtonnent à midi comme dans la nuit.
15 Il arrache de leur gueule l'homme ruiné et le pauvre des mains du puissant.
16 Alors le faible renaît à l'espoir et l'injustice doit fermer la bouche.
17 Oui, heureux l'homme que Dieu corrige ! Aussi, ne méprise pas la leçon de Shaddaï !
18 Lui, qui blesse, puis panse la plaie, qui meurtrit, puis guérit de sa main,
19 six fois de l'angoisse il te délivrera, et une septième le mal t'épargnera.
20 Dans une famine, il te sauvera de la mort ; à la guerre, des atteintes de l'épée.
21 Tu seras à l'abri du fouet de la langue, sans crainte à l'approche du pillage.
22 Tu riras du pillage et de la famine et tu ne craindras pas les bêtes sauvages.
23 Tu auras un pacte avec les pierres des champs, les bêtes sauvages seront en paix avec toi.
24 Tu trouveras ta tente prospère, ton bercail au complet quand tu le visiteras.
25 Tu verras ta postérité s'accroître, tes rejetons pousser comme l'herbe des champs.
26 Tu entreras dans la tombe bien mûr, comme on entasse la meule en son temps.
27 Voilà ce que nous avons observé : c'est ainsi ! A toi d'écouter et d'en faire ton profit.

6

1 Job prit la parole et dit :
2 Oh ! Si l'on pouvait peser mon affliction, mettre sur une balance tous mes maux ensemble !
3 Mais c'est plus lourd que le sable des mers, voilà pourquoi mes paroles bredouillent.
4 Les flèches de Shaddaï en moi sont plantées, mon humeur boit leur venin et les terreurs de Dieu sont en ligne contre moi.
5 Voit-on braire l'onagre auprès de l'herbe tendre, le boeuf mugir à portée du fourrage ?
6 Un aliment fade se mange-t-il sans sel, le blanc de l'oeuf a-t-il quelque saveur ?
7 Or ce que mon appétit se refuse à toucher, c'est là ma nourriture de malade.
8 Oh ! que se réalise donc ma prière, que Dieu réponde à mon attente !
9 Que Lui consente à m'écraser, qu'il dégage sa main et me supprime !
10 J'aurai du moins cette consolation, ce sursaut de joie en de cruelles souffrances, de n'avoir pas renié les décrets du Saint.
11 Ai-je donc assez de force pour attendre ? Voué à une telle fin, à quoi bon patienter ?
12 Ma force est-elle celle du roc, ma chair est-elle de bronze ?
13 Aurai-je pour appui le néant et tout secours n'a-t-il pas fui loin de moi ?
14 Refuser la pitié à son prochain, c'est rejeter la crainte de Shaddaï.
15 Mes frères ont trahi comme un torrent, comme le cours des torrents qui débordent.
16 La glace assombrit leurs eaux, au-dessus d'eux fond la neige,
17 mais, dès la saison brûlante, ils tarissent, ils s'évanouissent sous l'ardeur du soleil.
18 Pour eux, les caravanes quittent les pistes, s'enfoncent dans le désert et s'y perdent.
19 Les caravanes de Téma les fixent des yeux, en eux espèrent les convois de Saba.
20 Leur confiance se voit déçue ; arrivés près d'eux, ils restent confondus.
21 Tels vous êtes pour moi à cette heure : à la vue du fléau, vous prenez peur.
22 Vous ai-je donc dit : "Faites-moi tel don, offrez tel présent pour moi sur vos biens ;
23 arrachez-moi à l'étreinte d'un oppresseur, délivrez-moi des mains d'un violent ?"
24 Instruisez-moi, alors je me tairai ; montrez-moi en quoi j'ai pu errer.
25 On supporte sans peine des discours équitables, mais vos critiques, que visent-elles ?
26 Prétendez-vous censurer des paroles, propos de désespoir qu'emporte le vent ?
27 Vous iriez jusqu'à tirer au sort un orphelin, à faire bon marché de votre ami !
28 Allons, je vous en prie, tournez-vous vers moi ; vous mentirais-je en face ?
29 Retournez-vous, je vous en prie, pas de fausseté ; retournez-vous, car je reste dans mon droit.
30 Y a-t-il de la fausseté sur mes lèvres ? Mon palais ne sait-il plus discerner l'infortune ?

7

1 N'est-ce pas un temps de service qu'accomplit l'homme sur terre, n'y mène-t-il pas la vie d'un mercenaire ?
2 Tel l'esclave soupirant après l'ombre ou l'ouvrier tendu vers son salaire,
3 j'ai en partage des mois d'illusion, à mon compte des nuits de souffrance.
4 Étendu sur ma couche, je me dis : "A quand le jour ?" Sitôt levé : "Quand serai-je au soir ?" Et des pensées folles m'obsèdent jusqu'au crépuscule.
5 Vermine et croûtes terreuses couvrent ma chair, ma peau gerce et suppure.
6 Mes jours ont couru plus vite que la navette et disparu sans espoir.
7 Souviens-toi que ma vie n'est qu'un souffle, que mes yeux ne reverront plus le bonheur !
8 Désormais je serai invisible à tout regard, tes yeux seront sur moi et j'aurai disparu.
9 Comme la nuée se dissipe et passe, qui descend au shéol n'en remonte pas.
10 Il ne revient pas habiter sa maison et sa demeure ne le connaît plus.
11 Et c'est pourquoi je ne puis me taire, je parlerai dans l'angoisse de mon esprit, je me plaindrai dans l'amertume de mon âme.
12 Suis-je la Mer, moi, ou le monstre marin, pour que tu postes une garde contre moi ?
13 Si je dis : "Mon lit me soulagera, ma couche atténuera ma plainte",
14 alors tu m'effraies par des songes, tu m'épouvantes par des visions.
15 Ah ! je voudrais être étranglé : la mort plutôt que mes douleurs !
16 Je m'en moque, je ne vivrai pas toujours ; aussi, laisse-moi, mes jours ne sont qu'un souffle !
17 Qu'est-ce donc que l'homme pour en faire si grand cas, pour fixer sur lui ton attention,
18 pour l'inspecter chaque matin, pour le scruter à tout instant ?
19 Cesseras-tu enfin de me regarder, pour me laisser le temps d'avaler ma salive ?
20 Si j'ai péché, que t'ai-je fait, à toi, l'observateur attentif de l'homme ? Pourquoi m'as-tu pris pour cible, pourquoi te suis-je à charge ?
21 Ne peux-tu tolérer mon offense, passer sur ma faute ? Car bientôt je serai couché dans la poussière, tu me chercheras, et je ne serai plus.

8

1 Bildad de Shuah prit la parole et dit :
2 Jusqu'à quand parleras-tu de la sorte, et tiendras-tu des propos semblables à un grand vent ?
3 Dieu peut-il fléchir le droit, Shaddaï fausser la justice ?
4 Si tes fils ont péché contre lui, il les a livrés au pouvoir de leur faute.
5 Quant à toi, si tu recherches Dieu, si tu implores Shaddaï,
6 si tu es irréprochable et droit, dès maintenant, il veillera sur toi et il restaurera ta place et ton droit.
7 Ta condition ancienne te paraîtra comme rien, si grand sera ton avenir.
8 Interroge la génération passée, médite sur l'expérience acquise par ses pères.
9 Nous, nés d'hier, nous ne savons rien, notre vie sur terre passe comme une ombre.
10 Mais eux, ils t'instruiront, te parleront, et leur pensée livrera ces sentences :
11 "Le papyrus pousse-t-il hors des marais ? Privé d'eau, le jonc peut-il croître ?
12 Quand il est encore dans sa fraîcheur et non cueilli, avant toute autre herbe il se dessèche.
13 Tel est le sort de ceux qui oublient Dieu, ainsi périt l'espoir de l'impie.
14 Sa confiance n'est que filandre, sa sécurité, une maison d'araignée.
15 S'appuie-t-il sur sa demeure, elle ne tient pas ; s'y cramponne-t-il, elle ne résiste pas.
16 Plein de sève au soleil, au-dessus du jardin il lançait ses jeunes pousses.
17 Ses racines entrelacées sur un tertre pierreux, il puisait sa vie au milieu des rochers.
18 On l'arrache de son lieu ; son lieu le renie : "Je ne t'ai jamais vu !"
19 Et le voilà pourrissant sur le chemin, tandis que du sol, d'autres germent.
20 Non, Dieu ne rejette pas l'homme intègre, il ne prête pas main-forte aux méchants.
21 Le rire peut de nouveau remplir ta bouche, la joie éclater sur tes lèvres.
22 Tes ennemis seront couverts de honte, et la tente des méchants disparaîtra."

9

1 Job prit la parole et dit :
2 En vérité, je sais bien qu'il en est ainsi : l'homme pourrait-il se justifier devant Dieu ?
3 A celui qui se plaît à discuter avec lui, il ne répond même pas une fois sur mille.
4 Parmi les plus sages et les plus robustes qui donc lui tiendrait tête impunément ?
5 Il déplace les montagnes à leur insu et les renverse dans sa colère.
6 Il ébranle la terre de son site et fait vaciller ses colonnes.
7 A sa défense, le soleil ne se lève pas, il met un sceau sur les étoiles.
8 Lui seul a déployé les Cieux et foulé le dos de la Mer.
9 Il a fait l'Ourse et Orion, les Pléiades et les Chambres du Sud.
10 Il est l'auteur d'oeuvres grandioses et insondables, de merveilles qu'on ne peut compter.
11 S'il passe sur moi, je ne le vois pas et il glisse imperceptible.
12 S'il ravit une proie, qui l'en empêchera et qui osera lui dire : "Que fais-tu ?"
13 Dieu ne renonce pas à sa colère : sous lui restent prostrés les satellites de Rahab.
14 Et moi, je voudrais me défendre, je choisirais mes arguments contre lui ?
15 Même si je suis dans mon droit, je reste sans réponse ; c'est mon juge qu'il faudrait supplier.
16 Et si, sur mon appel, il daignait me répondre, je ne puis croire qu'il écouterait ma voix,
17 lui, qui m'écrase pour un cheveu, qui multiplie sans raison mes blessures
18 et ne me laisse même pas reprendre mon souffle, tant il me rassasie d'amertume !
19 Recourir à la force ? Il l'emporte en vigueur ! Au tribunal ? Mais qui donc l'assignera ?
20 Si je me justifie, sa bouche peut me condamner ; si je m'estime parfait, me déclarer pervers.
21 Mais suis-je parfait ? Je ne le sais plus moi-même, et je rejette ma vie !
22 Car c'est tout un, et j'ose dire : il fait périr de même l'homme intègre et le méchant.
23 Quand un fléau mortel s'abat soudain, il se rit de la détresse des innocents.
24 Dans un pays livré au pouvoir d'un méchant, il met un voile sur la face des juges. Si ce n'est pas lui, qui donc alors ?
25 Mes jours passent, plus rapides qu'un coureur, ils s'enfuient sans voir le bonheur.
26 Ils glissent comme des nacelles de jonc, comme un aigle fond sur sa proie.
27 Si je décide d'oublier ma plainte, de changer de mine pour faire gai visage,
28 je redoute tous mes tourments, car, je le sais, tu ne me tiens pas pour innocent !
29 Et si j'ai commis le mal, à quoi bon me fatiguer en vain ?
30 Que je me lave avec de la saponaire, que je purifie mes mains à la soude ?
31 Tu me plonges alors dans l'ordure, et mes vêtements mêmes me prennent en horreur !
32 Car lui n'est pas, comme moi, un homme : impossible de lui répondre, de comparaître ensemble en justice.
33 Pas d'arbitre entre nous pour poser la main sur nous deux,
34 pour écarter de moi ses rigueurs, chasser l'épouvante de sa terreur !
35 Je parlerai pourtant, sans le craindre, car je ne suis pas tel à mes yeux !

10

1 Puisque la vie m'est en dégoût, je veux donner libre cours à ma plainte, je veux parler dans l'amertume de mon âme.
2 Je dirai à Dieu : Ne me condamne pas, indique-moi pourquoi tu me prends à partie.
3 Est-ce bien, pour toi, de me faire violence, de rejeter l'oeuvre de tes mains et de favoriser les desseins des méchants ?
4 Aurais-tu des yeux de chair et ta manière de voir serait-elle celle des hommes ?
5 Ton existence est-elle celle des mortels, tes années passent-elles comme les jours de l'homme ?
6 Toi, qui recherches ma faute et fais une enquête sur mon péché,
7 tu sais bien que je ne suis pas coupable et que nul ne peut me soustraire à tes mains !
8 Tes mains m'ont façonné, créé ; puis, te ravisant, tu voudrais me détruire !
9 Souviens-toi : tu m'as fait comme on pétrit l'argile et tu me renverras à la poussière.
10 Ne m'as-tu pas coulé comme du lait et fait cailler comme du laitage,
11 vêtu de peau et de chair, tissé en os et en nerfs ?
12 Puis tu m'as gratifié de la vie, et tu veillais avec sollicitude sur mon souffle.
13 Mais tu gardais une arrière-pensée ; je sais que tu te réservais
14 de me surveiller si je pèche et de ne pas m'innocenter de mes fautes.
15 Suis-je coupable, malheur à moi ! suis-je dans mon droit, je n'ose lever la tête, moi, saturé d'outrages, ivre de peines !
16 Fier comme un lion, tu me prends en chasse, tu multiplies tes exploits à mon propos,
17 tu renouvelles tes attaques, ta fureur sur moi redouble, tes troupes fraîches se succèdent contre moi.
18 Oh ! Pourquoi m'as-tu fait sortir du sein ? J'aurais péri alors : nul oeil ne m'aurait vu,
19 je serais comme n'ayant pas été, du ventre on m'aurait porté à la tombe.
20 Et ils durent si peu, les jours de mon existence ! Place-toi loin de moi, pour me permettre un peu de joie,
21 avant que je m'en aille sans retour au pays des ténèbres et de l'ombre épaisse,
22 où règnent l'obscurité et le désordre, où la clarté même ressemble à la nuit sombre.

11

1 Çophar de Naamat prit la parole et dit :
2 Le bavard restera-t-il sans réponse ? Suffit-il d'être loquace pour avoir raison ?
3 Ton verbiage rendra-t-il muets les autres, te moqueras-tu sans qu'on te confonde ?
4 Tu as dit : "Ma conduite est pure, je suis irréprochable à tes yeux."
5 Si seulement Dieu voulait parler, ouvrir les lèvres à cause de toi,
6 s'il te dévoilait les secrets de la Sagesse, qui déconcertent toute sagacité, tu saurais que Dieu te demande compte de ta faute.
7 Prétends-tu sonder la profondeur de Dieu, atteindre la limite de Shaddaï ?
8 Elle est plus haute que les cieux : que feras-tu ? Plus profonde que le shéol : que sauras-tu ?
9 Elle serait plus longue que la terre à mesurer et plus large que la mer.
10 S'il intervient pour enfermer et convoquer l'assemblée, qui l'en empêchera ?
11 Car lui connaît les faiseurs d'illusion ; il voit le crime et y prête attention.
12 Aussi l'écervelé doit-il s'assagir : ânon sauvage que l'homme à sa naissance !
13 Si tu redresses tes pensées, et tends tes paumes vers lui,
14 si tu répudies le mal dont tu serais responsable et ne laisses pas l'injustice habiter sous tes tentes,
15 tu lèveras un front pur, tu seras ferme et sans crainte.
16 Ta souffrance, tu n'y songeras plus, tu t'en souviendras comme d'eaux écoulées.
17 Alors débutera une existence plus radieuse que le midi et l'obscurité même sera comme le matin.
18 Confiant car il y a de l'espoir, même après la confusion, tu te coucheras en sécurité.
19 Lorsque tu reposeras, nul ne te troublera, et bien des gens rechercheront ta faveur.
20 Les méchants, eux, tournent des yeux éteints, tout refuge leur fait défaut ; leur espoir, c'est de rendre l'âme.

12

1 Job prit la parole et dit :
2 Vraiment, vous êtes la voix du peuple, avec vous mourra la Sagesse.
3 Moi aussi, j'ai de l'intelligence, tout comme vous, je ne vous cède en rien, et qui donc ne sait tout cela ?
4 Mais un homme devient la risée de son ami, quand il crie vers Dieu pour avoir une réponse. On se moque du juste intègre.
5 "A l'infortune, le mépris ! opinent les gens heureux, un coup de plus à qui chancelle !"
6 Cependant, les tentes des pillards sont en paix : pleine sécurité pour ceux qui provoquent Dieu et pour celui qui met Dieu dans son poing !
7 Interroge pourtant le bétail pour t'instruire, les oiseaux du ciel pour t'informer.
8 Parle à la terre, elle te donnera des leçons, ils te renseigneront, les poissons des mers.
9 Car lequel ignore, parmi eux tous, que la main de Dieu a fait tout cela !
10 Il tient en son pouvoir l'âme de tout vivant et le souffle de toute chair d'homme.
11 L'oreille n'apprécie-t-elle pas les discours, comme le palais goûte les mets ?
12 La sagesse est l'affaire des vieillards, le discernement le fait du grand âge.
13 Mais en Lui résident sagesse et puissance, à lui le conseil et le discernement.
14 S'il détruit, nul ne peut rebâtir, s'il emprisonne quelqu'un, nul n'ouvrira.
15 S'il retient les eaux, c'est la sécheresse ; s'il les relâche, elles bouleversent la terre.
16 En lui vigueur et sagacité, à lui appartiennent l'égaré et celui qui l'égare.
17 Il rend stupides les conseillers du pays et frappe les juges de démence.
18 Il délie la ceinture des rois et passe une corde à leurs reins.
19 Il fait marcher nu-pieds les prêtres et renverse les puissances établies.
20 Il ôte la parole aux plus assurés, ravit le discernement aux vieillards.
21 Il déverse le mépris sur les nobles, dénoue le ceinturon des forts.
22 Il dévoile les profondeurs des ténèbres, amène à la lumière l'ombre épaisse.
23 Il agrandit des nations, puis les ruine : il fait s'étendre des peuples, puis les supprime.
24 Il ôte l'esprit aux chefs du peuple du pays, les fait errer dans un désert sans routes,
25 tâtonner dans les ténèbres, sans lumière, et tituber comme sous l'ivresse.

13

1 Tout cela, je l'ai vu de mes yeux, entendu de mes oreilles, et compris.
2 J'en sais, moi, autant que vous, je ne vous cède en rien.
3 Mais c'est à Shaddaï que je parle, à Dieu que je veux présenter mes griefs.
4 Vous, vous n'êtes que des charlatans, des médecins de fantaisie !
5 Qui donc vous imposera le silence, la seule sagesse qui vous convienne !
6 Écoutez, je vous prie, mes griefs, soyez attentifs au plaidoyer de mes lèvres.
7 Est-ce pour Dieu que vous proférez des paroles injustes, pour lui ces propos mensongers ?
8 Prenez-vous ainsi son parti, est-ce pour Dieu que vous plaidez ?
9 Serait-il bon qu'il vous scrutât ? L'abuse-t-on comme on abuse un homme ?
10 Il vous infligerait une sévère réprimande pour votre partialité secrète.
11 Est-ce que sa majesté ne vous effraie pas ? Sa terreur ne fond-elle pas sur vous ?
12 Vos leçons apprises sont des sentences de cendre, vos défenses, des défenses d'argile.
13 Faites silence ! C'est moi qui vais parler, quoi qu'il m'advienne.
14 Je prends ma chair entre mes dents, je place ma vie dans mes mains,
15 il peut me tuer : je n'ai d'autre espoir que de défendre devant lui ma conduite.
16 Et cela même me sauvera, car un impie n'oserait comparaître en sa présence.
17 Écoutez, écoutez mes paroles, prêtez l'oreille à mes déclarations.
18 Voici : je vais procéder en justice, conscient d'être dans mon droit.
19 Qui veut plaider contre moi ? D'avance, j'accepte d'être réduit au silence et de périr !
20 Fais-moi seulement deux concessions, alors je ne me cacherai pas loin de ta face :
21 Écarte ta main qui pèse sur moi et ne m'épouvante plus par ta terreur.
22 Puis engage le débat et je répondrai ; ou plutôt je parlerai et tu me répliqueras.
23 Combien de fautes et de péchés ai-je commis ? Dis-moi quelle a été ma transgression, mon péché ?
24 Pourquoi caches-tu ta face et me considères-tu comme ton ennemi ?
25 Veux-tu effrayer une feuille chassée par le vent, poursuivre une paille sèche ?
26 Toi qui rédiges contre moi d'amères sentences et m'imputes mes fautes de jeunesse,
27 qui as mis mes pieds dans les ceps, observes tous mes sentiers et prends l'empreinte de mes pas !
28 Et lui s'effrite comme un bois vermoulu, ou comme un vêtement dévoré par la teigne,

14

1 l'homme, né de la femme, qui a la vie courte, mais des tourments à satiété.
2 Pareil à la fleur, il éclôt puis se fane, il fuit comme l'ombre sans arrêt.
3 Et sur cet être tu gardes les yeux ouverts, tu l'amènes en jugement devant toi !
4 Mais qui donc extraira le pur de l'impur ? Personne !
5 Puisque ses jours sont comptés, que le nombre de ses mois dépend de toi, que tu lui fixes un terme infranchissable,
6 détourne de lui tes yeux et laisse-le, tel un mercenaire, finir sa journée.
7 L'arbre conserve un espoir, une fois coupé, il peut renaître encore et ses rejetons continuent de pousser.
8 Même avec des racines qui ont vieilli en terre et une souche qui périt dans le sol,
9 dès qu'il flaire l'eau, il bourgeonne et se fait une ramure comme un jeune plant.
10 Mais l'homme, s'il meurt, reste inerte ; quand un humain expire, où donc est-il ?
11 Les eaux de la mer pourront disparaître, les fleuves tarir et se dessécher
12 l'homme une fois couché ne se relèvera pas, les cieux s'useront avant qu'il ne s'éveille, ou ne soit réveillé de son sommeil.
13 Oh ! Si tu m'abritais dans le shéol, si tu m'y cachais, tant que dure ta colère, si tu me fixais un délai, pour te souvenir ensuite de moi :
14 - car, une fois mort, peut-on revivre ? - tous les jours de mon service j'attendrais, jusqu'à ce que vienne ma relève.
15 Tu appellerais et je te répondrais ; tu voudrais revoir l'oeuvre de tes mains.
16 Tandis que maintenant tu comptes tous mes pas, tu n'observerais plus mon péché,
17 tu scellerais ma transgression dans un sachet et tu couvrirais ma faute.
18 Hélas ! Comme une montagne finit par s'écrouler, le rocher par changer de place,
19 l'eau par user les pierres, l'averse par emporter la poussière du sol, ainsi, l'espoir de l'homme, tu l'anéantis.
20 Tu le terrasses pour toujours et il s'en va ; tu le défigures, puis tu le congédies.
21 Ses fils sont-ils honorés, il n'en sait rien ; sont-ils méprisés, il ne s'en rend pas compte.
22 Il n'a de souffrance que pour son corps, il ne se lamente que sur lui-même.

15

1 Éliphaz de Témân prit la parole et dit :
2 Un sage répond-il par des raisons en l'air et se repaît-il d'un vent d'est ?
3 Se défend-il avec des mots inutiles et des discours sans profit ?
4 Tu fais plus : tu supprimes la piété, tu discrédites les pieux entretiens devant Dieu.
5 Ta faute te dicte de telles paroles et tu choisis le langage des gens habiles.
6 Ta propre bouche te condamne, et non pas moi, tes lèvres mêmes témoignent contre toi.
7 Es-tu né le premier des hommes ? Est-ce qu'on t'enfanta avant les collines ?
8 As-tu écouté au conseil de Dieu et accaparé la sagesse ?
9 Que sais-tu que nous ne sachions, que comprends-tu qui nous dépasse ?
10 Il y a même parmi nous une tête chenue, un vieillard, chargé d'ans plus que ton père.
11 Fais-tu peu de cas de ces consolations divines et du ton modéré de nos paroles ?
12 Comme la passion t'emporte ! Et quels yeux tu roules,
13 quand tu tournes contre Dieu ta colère en proférant tes discours !
14 Comment l'homme serait-il pur, resterait-il juste, l'enfant de la femme ?
15 A ses Saints mêmes Dieu ne fait pas confiance, et les Cieux ne sont pas purs à ses yeux.
16 Combien moins cet être abominable et corrompu, l'homme, qui boit l'iniquité comme l'eau !
17 Je veux t'instruire, écoute-moi, et ce que j'ai vu, je vais te le raconter,
18 ce que disent les sages, ce qu'ils ne cachent pas, et qui vient de leurs pères,
19 à qui seuls fut donné le pays, sans qu'aucun étranger fut passé parmi eux.
20 "La vie du méchant est un tourment continuel, les années réservées au tyran sont comptées.
21 Le cri d'alarme résonne à ses oreilles, en pleine paix le dévastateur fond sur lui.
22 Il ne croit plus échapper aux ténèbres car on le guette pour l'épée,
23 assigné en pâture au vautour. Il sait que sa ruine est imminente. L'heure des ténèbres
24 l'épouvante, la détresse et l'angoisse l'envahissent, comme lorsqu'un roi s'apprête à l'assaut.
25 Il levait la main contre Dieu, il osait braver Shaddaï !
26 Il fonçait sur lui la tête baissée, avec un bouclier aux bosses massives.
27 Son visage s'était couvert de graisse, le lard s'était accumulé sur ses reins.
28 Il avait occupé des villes détruites, des maisons inhabitées et prêtes à tomber en ruines ;
29 mais il ne s'enrichira pas, sa fortune ne tiendra pas, il ne couvrira plus le pays de son ombre,
30 (il n'échappera pas aux ténèbres), la flamme desséchera ses jeunes pousses, sa fleur sera emportée par le vent.
31 Qu'il ne se fie pas à sa taille élevée, car il se ferait illusion.
32 Avant le temps se flétriront ses palmes et ses rameaux ne reverdiront plus.
33 Comme une vigne il secouera ses fruits verts, il rejettera, tel l'olivier, sa floraison.
34 Oui, l'engeance de l'impie est stérile, un feu dévore la tente de l'homme vénal.
35 Qui conçoit la peine engendre le malheur et prépare en soi un fruit de déception."

16

1 Job prit la parole et dit :
2 Que de fois ai-je entendu de tels propos, et quels pénibles consolateurs vous faites !
3 "Y aura-t-il une fin à ces paroles en l'air ?" Ou encore : "Quel mal te pousse à te défendre ?"
4 Oh ! moi aussi, je saurais parler comme vous, si vous étiez à ma place ; je pourrais vous accabler de discours en hochant la tête sur vous,
5 vous réconforter en paroles, puis cesser d'agiter les lèvres.
6 Mais quand je parle, ma souffrance ne cesse pas, si je me tais, en quoi disparaît-elle ?
7 Et maintenant elle me pousse à bout ; tu as frappé d'horreur tout mon entourage
8 et il me presse, mon calomniateur s'est fait mon témoin, il se dresse contre moi, il m'accuse en face ;
9 sa colère déchire et me poursuit, en montrant des dents grinçantes. Mes adversaires aiguisent sur moi leurs regards,
10 ouvrent une bouche menaçante. Leurs railleries m'atteignent comme des soufflets ; ensemble ils s'ameutent contre moi.
11 Oui, Dieu m'a livré à des injustes, entre les mains des méchants, il m'a jeté.
12 Je vivais tranquille quand il m'a fait chanceler, saisi par la nuque pour me briser. Il a fait de moi sa cible :
13 il me cerne de ses traits, transperce mes reins sans pitié et répand à terre mon fiel.
14 Il ouvre en moi brèche sur brèche, fonce sur moi tel un guerrier.
15 J'ai cousu un sac sur ma peau, jeté mon front dans la poussière.
16 Mon visage est rougi par les larmes et l'ombre couvre mes paupières.
17 Pourtant, point de violence dans mes mains, et ma prière est pure.
18 O terre, ne couvre point mon sang, et que mon cri monte sans arrêt.
19 Dès maintenant, j'ai dans les cieux un témoin, là-haut se tient mon défenseur.
20 Interprète de mes pensées auprès de Dieu, devant qui coulent mes larmes,
21 qu'il plaide la cause d'un homme aux prises avec Dieu, comme un mortel défend son semblable.
22 Car mes années de vie sont comptées, et je m'en vais par le chemin sans retour.

17

1 Mon souffle en moi s'épuise et les fossoyeurs pour moi s'assemblent.
2 Je n'ai pour compagnons que des railleurs, dont la dureté obsède mes veilles.
3 Place donc toi-même ma caution près de toi, car lequel voudrait toper dans ma main ?
4 Tu as fermé leur coeur à la raison, aussi tu ne les laisseras pas triompher.
5 Tel celui qui invite des amis à un partage, quand les yeux de ses fils languissent,
6 je suis devenu la fable des gens, quelqu'un à qui l'on crache au visage.
7 Mes yeux s'éteignent de chagrin, tous mes membres sont comme l'ombre.
8 A cette vue, les hommes droits restent stupéfaits, l'innocent s'indigne contre l'impie ;
9 le juste s'affermit dans ses voies, l'homme aux mains pures redouble d'énergie.
10 Allons, vous tous, revenez à la charge, et je ne trouverai pas un sage parmi vous !
11 Mes jours ont fui, avec mes projets, et les fibres de mon coeur sont rompues.
12 On veut faire de la nuit le jour ; la lumière serait plus proche que les ténèbres.
13 Or mon espoir, c'est d'habiter le shéol, d'étendre ma couche dans les ténèbres.
14 Je crie au sépulcre : "Tu es mon père !" à la vermine : "C'est toi ma mère et ma soeur !"
15 Où donc est-elle, mon espérance ? Et mon bonheur, qui l'aperçoit ?
16 Vont-ils descendre à mes côtés au shéol, sombrer de même dans ma poussière ?

18

1 Bildad de Shuah prit la parole et dit :
2 Jusqu'à quand mettrez-vous des entraves aux discours ? Réfléchissez, puis nous parlerons.
3 Pourquoi nous considères-tu comme des bêtes, passons-nous à tes yeux pour des gens bornés ?
4 O toi qui te déchires dans ta colère, la terre à cause de toi sera-t-elle abandonnée et les rochers quitteront-ils leur place ?
5 La lumière du méchant doit s'éteindre, sa flamme ardente ne plus briller.
6 La lumière s'assombrit sous sa tente, sa lampe au-dessus de lui s'éteint.
7 Ses pas vigoureux se rétrécissent, ses propres desseins le font trébucher.
8 Car ses pieds le jettent dans un filet et il avance parmi les rets.
9 Un lacet le saisit au talon et le piège se referme sur lui.
10 Le noeud pour le prendre est caché en terre, une trappe l'attend sur le sentier.
11 De toutes parts des terreurs l'épouvantent et elles le suivent pas à pas.
12 En pleine vigueur, il est affamé, le malheur se tient à ses côtés.
13 Le mal dévore sa peau, le Premier-né de la Mort ronge ses membres.
14 On l'arrache à l'abri de sa tente, et tu le traîneras chez le roi des frayeurs.
15 Tu peux habiter la tente qui n'est plus la sienne, et l'on répand du soufre sur son bercail.
16 En bas ses racines se dessèchent, en haut se flétrit sa ramure.
17 Son souvenir disparaît du pays, son nom s'efface dans la contrée.
18 Poussé de la lumière aux ténèbres, il se voit banni de la terre.
19 Il n'a ni lignée ni postérité parmi son peuple, aucun survivant en ses lieux de séjour.
20 Sa fin frappe de stupeur l'Occident et l'Orient est saisi d'effroi.
21 Point d'autre sort pour les demeures de l'injustice. Voilà ce que devient le lieu de quiconque méconnaît Dieu.

19

1 Job prit la parole et dit :
2 Jusqu'à quand allez-vous me tourmenter et m'écraser par vos discours ?
3 Voilà dix fois que vous m'insultez et me malmenez sans vergogne.
4 Même si je m'étais égaré, mon égarement resterait en moi seul.
5 Mais, en vérité, quand vous pensez triompher de moi et m'imputer mon opprobre,
6 sachez que Dieu lui-même m'a fait du tort et enveloppé de son filet.
7 Si je crie à la violence, pas de réponse ; si j'en appelle, point de jugement.
8 Il a dressé sur ma route un mur infranchissable, mis des ténèbres sur mes sentiers.
9 Il m'a dépouillé de ma gloire, ôté la couronne de ma tête.
10 Il me sape de toutes parts pour me faire disparaître ; il déracine comme un arbre mon espérance.
11 Enflammé de colère contre moi, il me considère comme son adversaire.
12 Ensemble ses troupes sont arrivées ; elles ont frayé vers moi leur chemin d'approche, campé autour de ma tente.
13 Mes frères, il les a écartés de moi, mes relations s'appliquent à m'éviter.
14 Mes proches et mes familiers ont disparu, les hôtes de ma maison m'ont oublié.
15 Mes servantes me tiennent pour un intrus, je suis un étranger à leurs yeux.
16 Si j'appelle mon serviteur, il ne répond pas, quand de ma bouche je l'implore.
17 Mon haleine répugne à ma femme, ma puanteur à mes propres frères.
18 Même les gamins me témoignent du mépris : si je me lève, ils se mettent à dauber sur moi.
19 Tous mes intimes m'ont en horreur, mes préférés se sont retournés contre moi.
20 Mes os sont collés à ma peau et à ma chair, ah ! si je pouvais m'en tirer avec la peau de mes dents !
21 Pitié, pitié pour moi, ô vous mes amis ! car c'est la main de Dieu qui m'a frappé.
22 Pourquoi vous acharner sur moi comme Dieu lui-même, sans vous rassasier de ma chair ?
23 Oh ! je voudrais qu'on écrive mes paroles, qu'elles soient gravées en une inscription,
24 avec un ciseau de fer et du plomb, sculptées dans le roc pour toujours !
25 Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant, que lui, le dernier, se lèvera sur la poussière.
26 Une fois qu'ils m'auront arraché cette peau qui est mienne, hors de ma chair, je verrai Dieu.
27 Celui que je verrai sera pour moi, celui que mes yeux regarderont ne sera pas un étranger. Et mes reins en moi se consument.
28 Lorsque vous dites : "Comment l'accabler, quel prétexte trouverons-nous en lui ?"
29 Craignez pour vous-mêmes l'épée, car la colère s'enflammera contre les fautes, et vous saurez qu'il y a un jugement.

20

1 Çophar de Naamat prit la parole et dit :
2 Oui mes pensées s'agitent pour répondre, à cause de l'impatience qui me possède.
3 J'entends une leçon qui m'outrage, mais mon esprit me souffle la réponse.
4 Ne sais-tu pas que, de tout temps, depuis que l'homme fut mis sur terre,
5 l'allégresse du méchant est brève et la joie de l'impie ne dure qu'un instant.
6 Même si sa taille s'élevait jusqu'aux cieux, si sa tête touchait la nue,
7 comme un fantôme il disparaît à jamais, et ceux qui le voyaient disent : "Où est-il ?"
8 Il s'envole comme un songe insaisissable, il s'enfuit comme une vision nocturne.
9 L'oeil habitué à sa vue ne l'aperçoit plus, à sa demeure il devient invisible.
10 Ses fils devront indemniser les pauvres, ses propres mains restituer ses richesses.
11 Ses os étaient pleins d'une vigueur juvénile : la voilà étendue avec lui dans la poussière.
12 Le mal était doux à sa bouche : il l'abritait sous sa langue,
13 il le gardait soigneusement, le retenait au milieu du palais.
14 Cet aliment dans ses entrailles se corrompt, devient au-dedans du fiel d'aspic.
15 Il doit vomir les richesses englouties, de son ventre, Dieu les fait dégurgiter.
16 Il suçait du venin d'aspic : la langue de la vipère le tue.
17 Il ne connaîtra plus les ruisseaux d'huile, les torrents de miel et de laitage.
18 Il rendra ses gains sans pouvoir les avaler, il ne jouira plus de la prospérité de ses affaires.
19 Parce qu'il a détruit les cabanes des pauvres, volé des maisons au lieu d'en bâtir,
20 parce que son appétit s'est montré insatiable, il ne sauvera rien de son trésor ;
21 parce que nul n'échappait à sa voracité, sa prospérité ne durera pas.
22 En pleine abondance, l'angoisse le saisira, la misère, de toute sa force, fondra sur lui,
23 Dieu lâche sur lui l'ardeur de sa colère, lance contre sa chair une pluie de traits.
24 S'il fuit devant l'arme de fer, l'arc de bronze le transperce.
25 Une flèche sort de son dos, une pointe étincelante de son foie. Les terreurs s'avancent contre lui,
26 toutes les ténèbres cachées lui sont réservées. Un feu qu'on n'allume pas le dévore et consume ce qui reste sous sa tente.
27 Les cieux dévoilent son iniquité, et la terre se dresse contre lui.
28 Le revenu de sa maison s'écoule, comme des torrents, au jour de la colère.
29 Tel est le sort que Dieu réserve au méchant, l'héritage qu'il destine à sa personne.

21

1 Job prit la parole et dit :
2 Écoutez, écoutez mes paroles, accordez-moi cette consolation.
3 Souffrez que je parle à mon tour ; quand j'aurai fini, libre à vous de railler.
4 Est-ce que moi je m'en prends à un homme ? Est-ce sans raison que je perds patience ?
5 Prêtez-moi attention : vous serez stupéfaits, et vous mettrez la main sur votre bouche.
6 Moi-même, quand j'y songe, je suis épouvanté, ma chair est saisie d'un frisson.
7 Pourquoi les méchants restent-ils en vie, vieillissent-ils et accroissent-ils leur puissance ?
8 Leur postérité devant eux s'affermit et leurs rejetons sous leurs yeux subsistent.
9 La paix de leurs maisons n'a rien à craindre, les rigueurs de Dieu les épargnent.
10 Leur taureau féconde à coup sûr, leur vache met bas sans avorter.
11 Ils laissent courir leurs gamins comme des brebis, leurs enfants bondir.
12 Ils chantent avec tambourins et cithares, se réjouissent au son de la flûte.
13 Leur vie s'achève dans le bonheur, ils descendent en paix au shéol.
14 Eux, pourtant, disent à Dieu : "Écarte-toi de nous, connaître tes voies ne nous plaît pas !
15 Qu'est-ce que Shaddaï pour que nous le servions, quel profit pour nous à l'invoquer ?"
16 Leur bonheur n'est-il pas entre leurs mains, le conseil des méchants s'est éloigné de lui.
17 Voit-on souvent la lampe du méchant s'éteindre, le malheur fondre sur lui, la Colère divine distribuer des souffrances ?
18 Sont-ils comme la paille face au vent comme la bale qu'emporte l'ouragan ?
19 Dieu se réserverait de le punir dans ses enfants ? Mais qu'il soit donc châtié lui-même et qu'il le sache !
20 Que, de ses yeux, il assiste à sa ruine, qu'il s'abreuve à la fureur de Shaddaï !
21 Que peut lui faire, après lui, le sort de sa maison, quand la série de ses mois sera tranchée ?
22 Mais enseigne-t-on à Dieu la science, à Celui qui juge les êtres d'en haut ?
23 Tel encore meurt en pleine vigueur, au comble du bonheur et de la paix,
24 les flancs chargés de graisse et la moelle de ses os tout humide.
25 Et tel autre périt l'amertume dans l'âme, sans avoir goûté au bonheur.
26 Ensemble, dans la poussière, ils se couchent, et la vermine les recouvre.
27 Oh ! je sais bien quelles sont vos idées, vos mauvaises pensées sur mon compte.
28 "Qu'est devenue, dites-vous, la maison du grand seigneur, où est la tente qu'habitaient des méchants ?"
29 N'interrogez-vous pas les voyageurs, méconnaissez-vous leurs témoignages ?
30 Au jour du désastre, le méchant est épargné, au jour de la fureur, il est mis à l'abri.
31 Et qui donc lui reproche en face sa conduite, et lui rend ce qu'il a fait ?
32 Il est emporté au cimetière, où il veille sur son tertre.
33 Les mottes du ravin lui sont douces, et, derrière lui, toute la population défile.
34 Que signifient donc vos vaines consolations ? Et quelle tromperie que vos réponses !

22

1 Éliphaz de Témân prit la parole et dit :
2 Un homme peut-il être utile à Dieu, quand un être sensé n'est utile qu'à soi ?
3 Shaddaï est-il intéressé par ta justice, tire-t-il profit de ta conduite intègre ?
4 Serait-ce à cause de ta piété qu'il te corrige et qu'il entre en jugement avec toi ?
5 N'est-ce pas plutôt pour ta grande méchanceté, pour tes fautes illimitées ?
6 Tu as exigé de tes frères des gages injustifiés, dépouillé de leurs vêtements ceux qui sont nus ;
7 omis de désaltérer l'homme assoiffé et refusé le pain à l'affamé ;
8 livré la terre à un homme de main, pour que s'y installe le favori ;
9 renvoyé les veuves les mains vides et broyé le bras des orphelins.
10 Voilà pourquoi des filets t'enveloppent et des frayeurs soudaines t'épouvantent.
11 Ou bien c'est l'obscurité, tu n'y vois plus et la masse des eaux te submerge.
12 Dieu n'est-il pas au plus haut des cieux ? Vois comme est haute la voûte des étoiles !
13 Et tu as dit : "Que connaît Dieu ? Peut-il juger à travers la nuée sombre ?
14 Les nuages sont pour lui un voile opaque et il circule au pourtour des cieux."
15 Veux-tu donc suivre la route antique que foulèrent les hommes pervers ?
16 Ils furent enlevés avant le temps et un fleuve noya leurs fondations.
17 Car ils disaient à Dieu : "Éloigne-toi de nous ! Que peut nous faire Shaddaï ?"
18 Et c'est lui qui comblait de biens leurs maisons, alors que le conseil des méchants s'était éloigné de lui.
19 A ce spectacle, les justes se sont réjouis et l'homme intègre s'est moqué d'eux :
20 "Comme ils ont été supprimés, nos adversaires ! et quel feu a dévoré leur abondance !"
21 Allons ! Réconcilie-toi avec lui et fais la paix : ainsi ton bonheur te sera rendu.
22 Recueille de sa bouche la doctrine et place ses paroles dans ton coeur.
23 Si tu reviens à Shaddaï, tu seras réhabilité, si tu éloignes de ta tente l'injustice,
24 si tu déposes ton or sur la poussière, l'Ophir parmi les cailloux du torrent,
25 Shaddaï sera pour toi des lingots d'or et de l'argent en monceaux.
26 Alors tu feras de Shaddaï tes délices et tu lèveras vers Dieu ta face.
27 Tes prières, il les exaucera et tu pourras acquitter tes voeux.
28 Toutes tes entreprises réussiront et sur ta route brillera la lumière.
29 Car il abaisse l'entreprise orgueilleuse, mais il sauve l'homme qui a les yeux baissés.
30 Il délivre même celui qui n'est pas innocent : il sera délivré par la pureté de tes mains.

23

1 Job prit la parole et dit :
2 Encore aujourd'hui ma plainte est une révolte ; ma main comprime mon gémissement.
3 Oh ! Si je savais comment l'atteindre, parvenir jusqu'à sa demeure,
4 j'ouvrirais un procès devant lui, ma bouche serait pleine de griefs.
5 Je connaîtrais les termes de sa réponse, attentif à ce qu'il me dirait.
6 Jetterait-il toute sa force dans ce débat avec moi ? Non, il lui suffirait de me prêter attention.
7 Il reconnaîtrait dans son adversaire un homme droit, et je triompherais de mon juge.
8 Si je vais vers l'orient, il est absent ; vers l'occident, je ne l'aperçois pas.
9 Quand il agit au nord, je ne le vois pas ; il reste invisible, si je me tourne au midi.
10 Et pourtant, la voie qui est la mienne, il la connaît ! Qu'il me passe au creuset : or pur j'en sortirai !
11 Mon pied s'est attaché à ses pas, j'ai gardé sa voie sans dévier ;
12 je n'ai pas négligé le commandement de ses lèvres, j'ai abrité dans mon sein les paroles de sa bouche.
13 Mais lui décide, qui le fera changer ? Ce qu'il a projeté, il l'accomplit.
14 Il exécutera donc ma sentence, comme tant d'autres de ses décrets !
15 C'est pourquoi, devant lui, je suis terrifié ; plus j'y songe, plus il me fait peur.
16 Dieu a brisé mon courage, Shaddaï me remplit d'effroi.
17 Car je n'ai pas été anéanti devant les ténèbres, mais il a recouvert ma face d'obscurité.

24

1 Pourquoi Shaddaï n'a-t-il pas des temps en réserve, et ses fidèles ne voient-ils pas ses jours ?
2 Les méchants déplacent les bornes, ils enlèvent troupeau et berger.
3 On emmène l'âne des orphelins, on prend en gage le boeuf de la veuve.
4 Les indigents doivent s'écarter du chemin, les pauvres du pays se cacher tous ensemble.
5 Tels les onagres du désert, ils sortent à leur travail, cherchant dès l'aube une proie, et le soir, du pain pour leurs petits.
6 Ils moissonnent dans le champ d'un vaurien, ils pillent la vigne d'un méchant.
7 Ils passent la nuit nus, sans vêtements, sans couverture contre le froid.
8 L'averse des montagnes les transperce ; faute d'abri, ils étreignent le rocher.
9 On arrache l'orphelin à la mamelle, on prend en gage le nourrisson du pauvre.
10 Ils s'en vont nus, sans vêtements ; affamés, ils portent les gerbes.
11 Entre deux murettes, ils pressent l'huile ; altérés, ils foulent les cuves.
12 De la ville on entend gémir les mourants, les blessés, dans un souffle, crier à l'aide. Et Dieu reste sourd à la prière !
13 D'autres sont de ceux qui repoussent la lumière : ils en méconnaissent les chemins, n'en fréquentent pas les sentiers.
14 Il fait noir quand l'assassin se lève, pour tuer le pauvre et l'indigent. Durant la nuit rôde le voleur,
16a Dans les ténèbres, il perfore les maisons.
15 L'oeil de l'adultère épie le crépuscule : "Personne ne me verra", dit-il, et il met un voile sur son visage.
16b Pendant le jour, ils se cachent, ceux qui ne veulent pas connaître la lumière.
17 Pour eux tous, le matin devient l'ombre de la mort, car ils éprouvent les terreurs de l'ombre de la mort.
25 N'en est-il pas ainsi ? Qui me convaincra de mensonge, et réduira mes paroles à néant ?

25

1 Bildad de Shuah prit la parole et dit :
2 C'est un souverain redoutable, Celui qui fait régner la paix dans ses hauteurs.
3 Peut-on dénombrer ses troupes ? Contre qui ne surgit pas son éclair ?
4 Et l'homme se croirait juste devant Dieu, il serait pur, l'enfant de la femme ?
5 La lune même est sans éclat, les étoiles se sont pas pures à ses yeux.
6 Combien moins l'homme, cette vermine, un fils d'homme, ce vermisseau ?

26

5 Les Ombres tremblent sous terre, les eaux et leurs habitants sont dans l'effroi.
6 Devant lui, le Shéol est à nu, la Perdition à découvert.
7 C'est lui qui a étendu le Septentrion sur le vide, suspendu la terre sans appui.
8 Il enferme les eaux dans ses nuages, sans que la nuée crève sous leur poids.
9 Il couvre la face de la pleine lune et déploie sur elle sa nuée.
10 Il a tracé un cercle à la surface des eaux, aux confins de la lumière et des ténèbres.
11 Les colonnes des cieux sont ébranlées, frappées de stupeur quand il menace.
12 Par sa force, il a brassé la Mer, par son intelligence, écrasé Rahab.
13 Son souffle a clarifié les Cieux, sa main transpercé le Serpent Fuyard.
14 Tout cela, c'est l'extérieur de ses oeuvres, et nous n'en saisissons qu'un faible écho. Mais le tonnerre de sa puissance, qui le comprendra ?

26

1 Job prit la parole et dit :
2 Comme tu sais bien soutenir le faible, secourir le bras sans vigueur !
3 Quels bons conseils tu donnes à l'ignorant, comme ton savoir est fertile en ressources !
4 Mais ces discours, à qui s'adressent-ils, et d'où provient l'esprit qui sort de toi ?

27

1 Et Job continua de s'exprimer en sentences et dit :
2 Par le Dieu vivant qui me refuse justice, par Shaddaï qui m'emplit d'amertume,
3 tant qu'un reste de vie m'animera, que le souffle de Dieu passera dans mes narines,
4 mes lèvres ne diront rien de mal, ma langue n'exprimera aucun mensonge.
5 Bien loin de vous donner raison, jusqu'à mon dernier souffle, je maintiendrai mon innocence.
6 Je tiens à ma justice et ne lâche pas ; ma conscience, ne me reproche aucun de mes jours.
7 Que mon ennemi ait le sort du méchant, mon adversaire celui de l'injuste !
8 Quel profit peut espérer l'impie quand Dieu lui retire la vie ?
9 Est-ce que Dieu entend ses cris, quand fond sur lui la détresse ?
10 Faisait-il ses délices de Shaddaï, invoquait-il Dieu en tout temps ?
11 Mais je vous instruis sur la puissance de Dieu, sans rien vous cacher des pensées de Shaddaï.
12 Et si vous tous aviez su l'observer, à quoi bon vos vains discours dans le vide ?
13 Voici le lot que Dieu assigne au méchant, l'héritage que le violent reçoit de Shaddaï.
14 Si ses fils se multiplient, c'est pour l'épée, et ses descendants n'apaiseront pas leur faim.
15 Les survivants seront ensevelis par la Peste, sans que ses veuves puissent les pleurer.
16 S'il accumule l'argent comme la poussière, s'il entasse des vêtements comme de la glaise,
17 qu'il les entasse ! un juste les revêtira, un innocent recevra l'argent en partage.
18 Il s'est bâti une maison d'araignée, il s'est construit une hutte de gardien :
19 riche il se couche, mais c'est la dernière fois ; quand il ouvre les yeux, plus rien.
20 Les terreurs l'assaillent en plein jour, la nuit, un tourbillon l'enlève.
21 Un vent d'est le soulève et l'entraîne, l'arrache à son lieu de séjour.
22 Sans pitié, on le prend pour cible, il doit fuir des mains menaçantes.
23 On applaudit à sa ruine, on le siffle partout où il va.

24

18 Ce n'est plus qu'un fétu à la surface des eaux, son domaine est maudit dans le pays, nul ne prend le chemin de sa vigne.
19 Comme une chaleur sèche fait disparaître l'eau des neiges, ainsi le shéol celui qui a péché.
20 Le sein qui l'a formé l'oublie et son nom n'est plus mentionné. Ainsi est foudroyée comme un arbre l'iniquité.
21 Il a maltraité la femme stérile, privée d'enfants, il s'est montré dur pour la veuve.
22 Mais Celui qui se saisit des tyrans avec force surgit et lui ôte l'assurance de la vie.
23 Il le laissait s'appuyer sur une sécurité trompeuse, mais, des yeux, il surveillait ses voies.
24 Élevé pour un temps, il disparaît, il s'affaisse comme l'arroche qu'on cueille, il se fane comme la tête des épis.

28

1 Il existe, pour l'argent, des mines, pour l'or, un lieu où on l'épure.
2 Le fer est tiré du sol, la pierre fondue livre du cuivre.
3 On met fin aux ténèbres, on fouille jusqu'à l'extrême limite la pierre obscure et sombre.
4 Des étrangers percent les ravins en des lieux non fréquentés, et ils oscillent, suspendus, loin des humains.
5 La terre d'où sort le pain est ravagée en dessous par le feu.
6 Là, les pierres sont le gisement du saphir, et aussi des parcelles d'or.
7 L'oiseau de proie en ignore le sentier, l'oeil du vautour ne l'aperçoit pas.
8 Il n'est point foulé par les fauves altiers, le lion ne l'a jamais frayé.
9 L'homme s'attaque au silex, il bouleverse les montagnes dans leurs racines.
10 Dans les roches il perce des canaux, l'oeil ouvert sur tout objet précieux.
11 Il explore les sources des fleuves, amène au jour ce qui restait caché.
12 Mais la Sagesse, d'où provient-elle ? Où se trouve-t-elle, l'Intelligence ?
13 L'homme en ignore le chemin, on ne la découvre pas sur la terre des vivants.
14 L'Abîme déclare : "Je ne la contiens pas !" et la Mer : "Elle n'est point chez moi !"
15 On ne peut l'acquérir avec l'or massif, la payer au poids de l'argent,
16 l'évaluer avec l'or d'Ophir, l'agate précieuse ou le saphir.
17 On ne lui compare pas l'or ou le verre, on ne l'échange point contre un vase d'or fin.
18 Coraux et cristal ne méritent pas mention, mieux vaudrait pêcher la Sagesse que les perles.
19 Auprès d'elle, la topaze de Kush est sans valeur et l'or pur perd son poids d'échange.
20 Mais la Sagesse, d'où provient-elle ? Où se trouve-t-elle, l'Intelligence ?
21 Elle se dérobe aux yeux de tout vivant, elle se cache aux oiseaux du ciel.
22 La Perdition et la Mort déclarent : "La rumeur de sa renommée est parvenue à nos oreilles."
23 Dieu seul en a discerné le chemin et connu, lui, où elle se trouve.
24 (Car il voit jusqu'aux extrémités de la terre, il aperçoit tout ce qui est sous les cieux.)
25 Lorsqu'il voulut donner du poids au vent, jauger les eaux avec une mesure ;
26 quand il imposa une loi à la pluie, une route aux roulements du tonnerre,
27 alors il la vit et l'évalua, il la pénétra et même la scruta.
28 Puis il dit à l'homme : "La crainte du Seigneur, voilà la sagesse ; fuir le mal, voilà l'intelligence."

29

1 Job continua de s'exprimer en sentences et dit :
2 Qui me fera revivre les mois d'antan, ces jours où Dieu veillait sur moi,
3 où sa lampe brillait sur ma tête et sa lumière me guidait dans les ténèbres !
4 Tel que j'étais aux jours de mon automne, quand Dieu protégeait ma tente,
5 que Shaddaï demeurait avec moi et que mes garçons m'entouraient ;
6 quand mes pieds baignaient dans le laitage, que le rocher versait des ruisseaux d'huile !
7 Si je sortais vers la porte de la ville, si j'installais mon siège sur la place,
8 à ma vue, les jeunes gens se retiraient, les vieillards se mettaient debout.
9 Les notables arrêtaient leurs discours et mettaient la main sur leur bouche.
10 La voix des chefs s'étouffait et leur langue se collait au palais.
21 Ils m'écoutaient, dans l'attente, silencieux pour entendre mon avis.
22 Quand j'avais parlé, nul ne répliquait, et sur eux, goutte à goutte, tombaient mes paroles.
23 Ils m'attendaient comme la pluie, leur bouche s'ouvrait comme pour l'ondée de printemps.
24 Si je leur souriais, ils n'osaient y croire, ils recueillaient sur mon visage tout signe de faveur.
25 Je leur indiquais la route en siégeant à leur tête, tel un roi installé parmi ses troupes, et je les menais partout à mon gré.
11 A m'entendre, on me félicitait, à me voir, on me rendait témoignage.
12 Car je délivrais le pauvre en détresse et l'orphelin privé d'appui.
13 La bénédiction du mourant se posait sur moi et je rendais la joie au coeur de la veuve.
14 J'avais revêtu la justice comme un vêtement, j'avais le droit pour manteau et turban.
15 J'étais les yeux de l'aveugle, les pieds du boiteux.
16 C'était moi le père des pauvres ; la cause d'un inconnu, je l'examinais.
17 Je brisais les crocs de l'homme inique, d'entre ses dents j'arrachais sa proie.
18 Et je disais : "Je mourrai dans mon nid, après des jours nombreux comme le phénix.
19 Mes racines ont accès à l'eau, la rosée se dépose la nuit sur mon feuillage.
20 Ma gloire sera toujours nouvelle et dans ma main mon arc reprendra force."

30

1 Et maintenant, je suis la risée de gens qui sont plus jeunes que moi, et dont les pères étaient trop vils à mes yeux pour les mêler aux chiens de mon troupeau.
2 Aussi bien, la force de leurs mains m'eût été inutile : ils avaient perdu toute vigueur,
3 épuisée par la disette et la famine, car ils rongeaient la steppe, ce sombre lieu de ruine et de désolation ;
4 ils cueillaient l'arroche sur le buisson faisaient leur pain des racines de genêt.
5 Bannis de la société des hommes, qui les hue comme des voleurs,
6 ils logent au flanc des ravins, dans les grottes ou les crevasses du rocher.
7 Des buissons, on les entend braire, ils s'entassent sous les chardons.
8 Fils de vauriens, bien plus, d'hommes sans nom, ils sont rejetés par le pays.
9 Et maintenant, voilà qu'ils me chansonnent. Qu'ils font de moi leur fable !
10 Saisis d'horreur, ils se tiennent à distance, devant moi, ils crachent sans retenue.
11 Et parce qu'il a détendu mon arc et m'a terrassé, ils rejettent la bride en ma présence.
12 Leur engeance surgit à ma droite, ils font glisser mes pieds et fraient vers moi leurs chemins sinistres.
13 Ils me ferment toute issue, en profitent pour me perdre et nul ne les arrête,
14 ils pénètrent comme par une large brèche ils se roulent sous les décombres.
15 Les terreurs se tournent contre moi, mon assurance est chassée comme par le vent, mon salut disparaît comme un nuage.
16 Et maintenant, la vie en moi s'écoule, les jours d'affliction m'ont saisi.
17 La nuit, le mal perce mes os et mes rongeurs ne dorment pas.
18 Avec violence il m'a pris par le vêtement, serré au col de ma tunique.
19 Il m'a jeté dans la boue, je suis comme poussière et cendre.
20 Je crie vers Toi et tu ne réponds pas ; je me présente sans que tu me remarques.
21 Tu es devenu cruel à mon égard, ta main vigoureuse sur moi s'acharne.
22 Tu m'emportes à cheval sur le vent et tu me dissous dans une tempête.
23 Oui, je sais que tu me fais retourner vers la mort, vers le rendez-vous de tout vivant.
24 Pourtant, n'ai-je pas tendu la main au pauvre, quand, dans sa détresse, il réclamait justice ?
25 N'ai-je pas pleuré sur celui dont la vie est pénible, éprouvé de la pitié pour l'indigent ?
26 J'espérais le bonheur, et le malheur est venu ; j'attendais la lumière : voici l'obscurité.
27 Mes entrailles bouillonnent sans relâche, les jours d'affliction m'ont atteint.
28 Je marche, assombri, sans soleil, si je me dresse dans l'assemblée, c'est pour crier.
29 Je suis devenu le frère des chacals et le compagnon des autruches.
30 Ma peau sur moi s'est noircie, mes os sont brûlés par la fièvre.
31 Ma harpe est accordée aux chants de deuil, ma flûte à la voix des pleureurs.

31

1 J'avais fait un pacte avec mes yeux, au point de ne fixer aucune vierge.
2 Or, quel partage Dieu fait-il donc de là-haut, quel lot Shaddaï assigne-t-il de son ciel ?
3 N'est-ce pas le désastre qu'il réserve à l'injuste et l'adversité aux hommes malfaisants ?
4 Ne voit-il pas ma conduite, ne compte-t-il point tous mes pas ?
5 Ai-je fait route avec l'illusion, pressé le pas vers la fraude ?
6 Qu'il me pèse sur une balance exacte : lui, Dieu, reconnaîtra mon intégrité !
7 Si mes pas ont dévié du droit chemin, si mon coeur fut entraîné par mes yeux et si une souillure adhère à mes mains,
8 qu'un autre mange ce que j'ai semé et que soient arrachées mes jeunes pousses !
9 Si mon coeur fut séduit par une femme, si j'ai épié à la porte de mon prochain,
10 que ma femme se mette à moudre pour autrui, que d'autres aient commerce avec elle !
11 J'aurais commis là une impudicité, un crime passible de justice,
12 ce serait le feu qui dévore jusqu'à la Perdition et détruirait jusqu'à la racine tout mon revenu.
13 Si j'ai méconnu les droits de mon serviteur, de ma servante, dans leurs litiges avec moi,
14 que ferai-je quand Dieu surgira ? Lorsqu'il fera l'enquête, que répondrai-je ?
15 Ne les a-t-il pas créés comme moi dans le ventre ? Un même Dieu nous forma dans le sein.
16 Ai-je été insensible aux besoins des faibles, laissé languir les yeux de la veuve ?
17 Ai-je mangé seul mon morceau de pain, sans que l'orphelin en ait mangé ?
18 Alors que Dieu, dès mon enfance, m'a élevé comme un père, guidé depuis le sein maternel !
19 Ai-je vu un miséreux sans vêtements, un pauvre sans couverture,
20 sans que leurs reins m'aient béni, que la toison de mes agneaux les ait réchauffés ?
21 Ai-je agité la main contre un orphelin, me sachant soutenu à la Porte ?
22 Qu'alors mon épaule se détache de ma nuque et que mon bras se rompe au coude !
23 Car le châtiment de Dieu serait ma terreur, je ne tiendrais pas devant sa majesté.
24 Ai-je placé dans l'or ma confiance et dit à l'or fin : "O ma sécurité ?"
25 Me suis-je réjoui de mes biens nombreux, des richesses acquises par mes mains ?
26 A la vue du soleil dans son éclat, de la lune radieuse dans sa course,
27 mon coeur, en secret, s'est-il laissé séduire, pour leur envoyer de la main un baiser ?
28 Ce serait encore une faute criminelle, car j'aurais renié le Dieu suprême.
29 Me suis-je réjoui de l'infortune de mon ennemi, ai-je exulté quand le malheur l'atteignait,
30 moi, qui ne permettais pas à ma langue de pécher, de réclamer sa vie dans une malédiction ?
31 Et ne disaient-ils pas, les gens de ma tente : "Trouve-t-on quelqu'un qu'il n'ait pas rassasié de viande ?"
32 Jamais étranger ne coucha dehors, au voyageur ma porte restait ouverte.
33 Ai-je dissimulé aux hommes mes transgressions, caché ma faute dans mon sein ?
34 Ai-je eu peur de la rumeur publique, ai-je redouté le mépris des familles, et me suis-je tenu coi, n'osant franchir ma porte ?
35 Ah ! qui fera donc que l'on m'écoute ? J'ai dit mon dernier mot : à Shaddaï de me répondre ! Le libelle qu'aura rédigé mon adversaire,
36 je veux le porter sur mon épaule, le ceindre comme un diadème.
37 Je lui rendrai compte de tous mes pas et je m'avancerai vers lui comme un prince.
38 Si ma terre crie vengeance contre moi et que ses sillons pleurent avec elle,
39 si j'ai mangé de ses produits sans payer, fait expirer ses propriétaires,
40 qu'au lieu de froment y poussent les ronces, à la place de l'orge, l'herbe fétide ! Fin des paroles de Job.

32

1 Ces trois hommes cessèrent de répondre à Job parce qu'il s'estimait juste.
2 Mais voici que se mit en colère Élihu, fils de Barakéel le Buzite, du clan de Ram. Sa colère s'enflamma contre Job parce qu'il prétendait avoir raison contre Dieu ;
3 elle s'en flamma également contre ses trois amis, qui n'avaient plus rien trouvé à répliquer et ainsi avaient laissé les torts à Dieu.
4 Élihu avait attendu pour parler avec Job, car ils étaient ses anciens ;
5 mais quand il vit que ces trois hommes n'avaient plus de réponse à la bouche, sa colère éclata.
6 Et il prit la parole, lui, Élihu, fils de Barakéel le Buzite, et il dit : Je suis tout jeune encore, et vous êtes des anciens ; aussi je craignais, intimidé, de vous manifester mon savoir.
7 Je me disais : "L'âge parlera, les années nombreuses feront connaître la sagesse."
8 A la vérité, c'est un esprit dans l'homme, c'est le souffle de Shaddaï qui rend intelligent.
9 Le grand âge ne donne pas la sagesse, ni la vieillesse, l'intelligence de ce qui est juste.
10 Aussi, je dis, écoute-moi, je vais montrer, moi aussi, mon savoir.
11 Jusqu'ici, j'attendais vos paroles, j'ouvrais l'oreille à vos raisonnements, tandis que chacun cherchait ses mots.
12 Sur vous se fixait mon attention. Et je vois qu'aucun n'a confondu Job, nul d'entre vous n'a démenti ses paroles.
13 Ne dites donc pas : "Nous avons trouvé la sagesse ; Dieu seul peut le réfuter, non un homme."
14 Ce n'est pas contre moi qu'il aligne les mots, ce n'est pas avec vos paroles que je lui répliquerai.
15 Ils sont restés interdits, sans réponse ; les mots leur ont manqué.
16 Et j'attendais ! Puisqu'ils ne parlent plus, qu'ils ont cessé de se répondre,
17 je prendrai la parole à mon tour, je vais montrer moi aussi mon savoir.
18 Car je suis plein de mots, oppressé par un souffle intérieur.
19 En mon sein, c'est comme un vin nouveau cherchant issue comme des outres neuves qui éclatent.
20 Parler me soulagera, j'ouvrirai les lèvres et je répondrai.
21 Je ne prendrai le parti de personne, à aucun je ne dirai des mots flatteurs.
22 Je ne sais point flatter, car mon Créateur me supprimerait sous peu.

33

1 Mais veuille, Job, écouter mes dires, tends l'oreille à toutes mes paroles.
2 Voici que j'ouvre la bouche et ma langue articule des mots sur mon palais.
3 La rectitude de mon coeur parlera, mes lèvres exprimeront la vérité.
4 C'est l'esprit de Dieu qui m'a fait, le souffle de Shaddaï qui m'anime.
5 Si tu le peux, réponds-moi ! Tiens-toi prêt devant moi, prend position !
6 Vois, pour Dieu, je suis ton égal, comme toi, d'argile je suis pétri.
7 Aussi ma terreur ne t'effraiera point, ma main ne pèsera pas sur toi.
8 Comment as-tu pu dire à mes oreilles car - j'ai entendu le son de tes paroles :
9 "Je suis pur, sans transgression ; je suis net et sans faute.
10 Mais il invente des griefs contre moi et il me considère comme son ennemi.
11 Il met mes pieds dans les ceps et surveille tous mes sentiers" ?
12 Or, en cela, je t'en réponds, tu as eu tort, car Dieu est plus grand que l'homme.
13 Pourquoi lui chercher querelle parce qu'il ne te répond pas mot pour mot ?
14 Dieu parle d'une façon et puis d'une autre, sans qu'on prête attention.
15 Par des songes, par des visions nocturnes, quand une torpeur s'abat sur les humains et qu'ils sont endormis sur leur couche,
16 alors il ouvre l'oreille des humains, il y scelle les avertissements qu'il leur donne,
17 pour détourner l'homme de ses oeuvres et protéger le puissant de l'orgueil.
18 Il préserve ainsi son âme de la fosse, sa vie du passage par le Canal.
19 Il le corrige aussi sur son grabat par la douleur, quand ses os tremblent sans arrêt,
20 quand sa vie prend en dégoût la nourriture et son appétit les friandises ;
21 quand sa chair disparaît au regard et que se dénudent les os qui étaient cachés ;
22 quand son âme approche de la fosse et sa vie du séjour des morts.
23 Alors s'il se trouve près de lui un Ange, un Médiateur pris entre mille, qui rappelle à l'homme son devoir,
24 le prenne en pitié et déclare : "Exempte-le de descendre dans la fosse j'ai trouvé une rançon",
25 sa chair retrouve une fraîcheur juvénile, il revient aux jours de son adolescence.
26 Il prie Dieu qui lui rend sa faveur, il voit dans l'allégresse la face de celui qui rend à l'homme sa justice ;
27 il fait entendre devant les hommes ce cantique : "J'avais péché et perverti le droit Il ne m'a pas rendu la pareille.
28 Il a exempté mon âme de passer par la fosse et fait jouir ma vie de la lumière."
29 Voilà tout ce que fait Dieu, deux fois, trois fois pour l'homme,
30 afin d'arracher son âme à la fosse et de faire briller sur lui la lumière des vivants.
31 Sois attentif, Job, écoute-moi bien : tais-toi, j'ai encore à parler.
32 Si tu as quelque chose à dire, réplique-moi, parle, car je veux te donner raison.
33 Sinon, écoute-moi : fais silence, et je t'enseignerai la sagesse.

34

1 Élihu reprit son discours et dit :
2 Et vous, les sages, écoutez mes paroles, vous, les savants, prêtez-moi l'oreille.
3 Car l'oreille apprécie les discours comme le palais goûte les mets.
4 Examinons ensemble ce qui est juste, voyons entre nous ce qui est bien.
5 Job a dit : "Je suis juste et Dieu écarte mon droit.
6 Malgré mon bon droit, je passe pour un menteur, une flèche m'a blessé sans que j'ai péché."
7 Où trouver un homme tel que Job, qui boive le sarcasme comme l'eau,
8 fasse route avec les malfaiteurs, marche du même pas que les méchants ?
9 N'a-t-il pas dit : "L'homme ne tire aucun profit à se plaire dans la société de Dieu ?"
10 Aussi écoutez-moi, en hommes de sens. Qu'on écarte de Dieu le mal, de Shaddaï, l'injustice !
11 Car il rend à l'homme selon ses oeuvres, traite chacun d'après sa conduite.
12 En vérité, Dieu n'agit jamais mal, Shaddaï ne pervertit pas le droit.
13 Autrement qui donc aurait confié la terre à ses soins, l'aurait chargé de l'univers entier ?
14 S'il n'appliquait sa pensée qu'à lui-même, s'il concentrait en lui son souffle et son haleine,
15 toute chair expirerait à la fois et l'homme retournerait à la poussière.
16 Si tu sais comprendre, écoute ceci, prête l'oreille au son de mes paroles.
17 Un ennemi du droit saurait-il gouverner ? Oserais-tu condamner le Juste tout-puissant ?
18 Lui, qui dit à un roi : "Vaurien !" traite les nobles de méchants,
19 n'a pas égard aux princes et ne distingue pas du faible l'homme important. Car tous sont l'oeuvre de ses mains.
20 Ils meurent soudain en pleine nuit, le peuple s'agite et ils disparaissent, on écarte un tyran sans effort.
21 Car ses yeux surveillent les voies de l'homme et il regarde tous ses pas.
22 Pas de ténèbres ou d'ombre épaisse où puissent se cacher les malfaiteurs.
23 Il n'envoie pas d'assignation à l'homme, pour qu'il se présente devant Dieu en justice.
24 Il brise les grands sans enquête et en met d'autres à leur place.
25 C'est qu'il connaît leurs oeuvres ! Il les renverse de nuit et on les piétine.
26 Comme des criminels, il les soufflette, en public il les enchaîné,
27 car ils se sont détournés de lui, n'ont rien compris à ses voies,
28 jusqu'à faire monter vers lui le cri du faible, lui faire entendre l'appel des humbles.
29 Mais s'il reste immobile qui le condamnera ? s'il cache sa face, qui l'apercevra ? Pourtant il veille sur les nations et les hommes,
30 pour que ne règnent pas des hommes pervers, qu'il n'y ait pas de pièges pour le peuple.
31 Mais si on dit à Dieu : "J'ai expié, je ne ferai plus le mal ;
32 ce qui est hors de ma vue, toi, montre-le-moi : si j'ai commis l'injustice, je ne recommencerai plus",
33 d'après toi, devrait-il punir ? Mais tu t'en moques ! Comme c'est toi qui choisis et non pas moi, fais-nous part de ta science.
34 Mais les gens sensés me diront, ainsi que tout sage qui m'écoute :
35 "Job ne parle pas avec science, ses propos manquent d'intelligence.
36 Veuille donc l'examiner à fond, pour ses réponses dignes de celles des méchants.
37 Car il ajoute à son péché la rébellion, sème le doute parmi nous et multiplie contre Dieu ses paroles."

35

1 Élihu reprit son discours et dit :
2 Crois-tu assurer ton droit, affirmer ta justice devant Dieu,
3 d'oser lui dire : "Que t'importe à toi, ou quel avantage pour moi, si j'ai péché ou non ?"
4 Eh bien ! moi, je te répondrai, et à tes amis en même temps.
5 Considère les cieux et regarde, vois comme les nuages sont plus élevés que toi !
6 Si tu pèches, en quoi l'atteins-tu ? Si tu multiplies tes offenses, lui fais-tu quelque mal ?
7 Si tu es juste, que lui donnes-tu, ou que reçoit-il de ta main ?
8 Ce sont tes semblables qu'affecte ta méchanceté, des mortels que concerne ta justice.
9 Ils gémissent sous le poids de l'oppression, ils crient au secours sous la tyrannie des grands,
10 mais nul ne pense à dire : "Où est Dieu, mon auteur, lui qui fait éclater dans la nuit les chants d'allégresse,
11 qui nous rend plus avisés que les bêtes sauvages, plus sages que les oiseaux du ciel ?"
12 Alors on crie, sans qu'il réponde, sous le coup de l'orgueil des méchants.
13 Assurément Dieu n'écoute pas ce qui est illusoire, Shaddaï n'y prête pas attention.
14 Et encore moins quand tu dis : "Je ne le vois pas, mon procès est ouvert devant lui et je l'attends."
15 Ou bien : "Sa colère ne châtie pas, et il n'a pas connaissance de la révolte."
16 Job, alors, ouvre la bouche pour parler dans le vide, par ignorance, il multiplie les mots.

36

1 Élihu continua et dit :
2 Patiente un peu et laisse-moi t'instruire, car je n'ai pas tout dit en faveur de Dieu.
3 Je veux tirer mon savoir de très loin, pour justifier mon Créateur.
4 En vérité, mes paroles ignorent le mensonge, et un homme d'une science accomplie est près de toi.
5 Vois, Dieu est puissant, il ne se moque pas, il est puissant par la fermeté de sa pensée.
6 Il ne laisse pas vivre le méchant, mais rend justice aux pauvres,
7 il ne quitte pas le juste des yeux. Avec les rois, sur leur trône il les installe pour siéger à jamais, et ils sont exaltés.
8 Mais qu'il les lie avec des chaînes, ils sont pris dans les liens de l'affliction.
9 Il leur révèle leurs actes, les fautes d'orgueil qu'ils ont commises.
10 A leurs oreilles il fait entendre un avertissement, leur ordonne de se détourner du mal.
11 S'ils écoutent et se montrent dociles, leurs jours s'achèvent dans le bonheur et leurs années dans les délices.
12 Sinon, ils passent par le Canal et ils périssent en insensés.
13 Oui, les endurcis, qui manifestent leur colère et ne crient pas à l'aide quand il les enchaîne,
14 meurent en pleine jeunesse et leur vie est parmi les prostitués.
15 Mais il sauve le pauvre par sa pauvreté, il l'avertit dans sa misère.
16 Toi aussi, il veut te faire passer de l'angoisse en un lieu spacieux où rien ne gène, et la table disposée pour toi débordera de graisse.
17 Si tu instruis le procès du méchant, on assurera un procès équitable.
18 Prends garde d'être séduit par l'abondance, corrompu par de riches présents.
19 Fais comparaître le grand comme l'homme sans or, l'homme au bras puissant comme le faible.
20 N'écrase pas ceux qui te sont étrangers pour mettre à leur place ta parenté.
21 Garde-toi de te porter vers l'injustice, car c'est pour cela que l'affliction t'éprouve.
22 Vois, Dieu est sublime par sa force et quel maître lui comparer ?
23 Qui lui a indiqué la voie à suivre, qui oserait lui dire : "Tu as commis l'injustice ?"
24 Songe plutôt à magnifier son oeuvre, que l'homme a célébrée par des cantiques.
25 C'est un spectacle offert à tous, à distance l'homme la regarde.
26 Oui, Dieu est si grand qu'il dépasse notre science, et le nombre de ses ans reste incalculable.
27 C'est lui qui réduit les gouttes d'eau, pulvérise la pluie en brouillard.
28 Et les nuages déversent celle-ci, la font ruisseler sur la foule humaine.
29 Qui comprendra encore les déploiements de sa nuée, le grondement menaçant de sa tente ?
30 Il déploie devant lui son éclair, il submerge les fondements de la mer.
31 Par eux il sustente les peuples, leur donne la nourriture en abondance.
32 Ses deux paumes, il les recouvre de l'éclair et lui fixe le but à atteindre.
33 Son fracas en annonce la venue, enflammant la colère contre l'iniquité.

37

1 Mon coeur lui-même en tremble et bondit hors de sa place.
2 Écoutez, écoutez le fracas de sa voix, le grondement qui sort de sa bouche !
3 Son éclair est lâché sous l'étendue des cieux, il atteint les extrémités de la terre.
4 Derrière lui mugit une voix, car Dieu tonne de sa voix superbe. Et il ne retient pas ses foudres tant que sa voix retentit.
5 Oui, Dieu tonne à pleine voix ses merveilles, il accomplit des oeuvres grandioses qui nous dépassent.
6 Quand il dit à la neige : "Tombe sur la terre !" aux averses : "Pleuvez dru !"
7 alors il suspend l'activité des hommes, pour que chacun reconnaisse là son oeuvre.
8 Les animaux regagnent leurs repaires et s'abritent dans leurs tanières.
9 De la Chambre australe sort l'ouragan et les vents du nord amènent le froid.
10 Au souffle de Dieu se forme la glace et la surface des eaux se durcit.
11 Il charge d'humidité les nuages et les nuées d'orage diffusent son éclair.
12 Et lui les fait circuler et préside à leur alternance. Ils exécutent en tout ses ordres, sur la face de son monde terrestre.
13 Soit pour châtier les peuples de la terre, soit pour une oeuvre de bonté, il les envoie.
14 Écoute ceci, Job, sans broncher, et réfléchis aux merveilles de Dieu.
15 Sais-tu comment Dieu leur commande, et comment sa nuée fait luire l'éclair ?
16 Sais-tu comment il suspend les nuages en équilibre, prodige d'une science consommée ?
17 Toi, quand tes vêtements sont brûlants et que la terre se tient immobile sous le vent du sud,
18 peux-tu étendre comme lui la nue, durcie comme un miroir de métal fondu ?
19 Apprends-moi ce qu'il faut lui dire : mieux vaut ne plus discuter à cause de nos ténèbres.
20 Mes paroles comptent-elles pour lui, est-il informé des ordres d'un homme ?
21 Un temps la lumière devient invisible, lorsque les nuages l'obscurcissent ; puis le vent passe et les balaie,
22 et du nord arrive la clarté. Dieu s'entoure d'une splendeur redoutable ;
23 lui, Shaddaï, nous ne pouvons l'atteindre. Suprême par la force et l'équité, maître en justice sans opprimer,
24 il s'impose à la crainte des hommes ; à lui la vénération de tous les esprits sensés !

38

1 Yahvé répondit à Job du sein de la tempête et dit :
2 Quel est celui-là qui obscurcit mes plans par des propos dénués de sens ?
3 Ceins tes reins comme un brave : je vais t'interroger et tu m'instruiras.
4 Où étais-tu quand je fondai la terre ? Parle, si ton savoir est éclairé.
5 Qui en fixa les mesures, le saurais-tu, ou qui tendit sur elle le cordeau ?
6 Sur quel appui s'enfoncent ses socles ? Qui posa sa pierre angulaire,
7 parmi le concert joyeux des étoiles du matin et les acclamations unanimes des Fils de Dieu ?
8 Qui enferma la mer à deux battants, quand elle sortit du sein, bondissante ;
9 quand je mis sur elle une nuée pour vêtement et fis des nuages sombres ses langes ;
10 quand je découpai pour elle sa limite et plaçai portes et verrou ?
11 "Tu n'iras pas plus loin, lui dis-je, ici se brisera l'orgueil de tes flots !"
12 As-tu, une fois dans ta vie, commandé au matin ? Assigné l'aurore à son poste,
13 pour qu'elle saisisse la terre par les bords et en secoue les méchants ?
14 Alors elle la change en argile de sceau et la teint comme un vêtement ;
15 elle ôte aux méchants leur lumière, brise le bras qui se levait.
16 As-tu pénétré jusqu'aux sources marines, circulé au fond de l'Abîme ?
17 Les portes de la Mort te furent-elles montrées, as-tu vu les portes du pays de l'ombre de mort ?
18 As-tu quelque idée des étendues terrestres ? Raconte, si tu sais tout cela.
19 De quel côté habite la lumière, et les ténèbres, où résident-elles,
20 pour que tu puisses les conduire dans leur domaine, et distinguer les accès de leur maison ?
21 Si tu le sais, c'est qu'alors tu étais né, et tu comptes des jours bien nombreux !
22 Es-tu parvenu jusqu'aux dépôts de neige ? As-tu vu les réserves de grêle,
23 que je ménage pour les temps de détresse, pour les jours de bataille et de guerre ?
24 De quel côté se divise l'éclair, où se répand sur terre le vent d'est ?
25 Qui perce un canal pour l'averse, fraie la route aux roulements du tonnerre,
26 pour faire pleuvoir sur une terre sans hommes, sur un désert que nul n'habite,
27 pour abreuver les solitudes désolées, faire germer l'herbe sur la steppe ?
28 La pluie a-t-elle un père, ou qui engendre les gouttes de rosée ?
29 De quel ventre sort la glace, et le givre des cieux, qui l'enfante,
30 quand les eaux disparaissent en se pétrifiant et que devient compacte la surface de l'abîme ?
31 Peux-tu nouer les liens des Pléiades, desserrer les cordes d'Orion,
32 amener la Couronne en son temps, conduire l'Ourse avec ses petits ?
33 Connais-tu les lois des Cieux, appliques-tu leur charte sur terre ?
34 Ta voix s'élève-t-elle jusqu'aux nuées et la masse des eaux t'obéit-elle ?
35 Sur ton ordre, les éclairs partent-ils, en te disant : "Nous voici ?"
36 Qui a mis dans l'ibis la sagesse, donné au coq l'intelligence ?
37 Qui dénombre les nuages avec compétence et incline les outres des cieux,
38 tandis que la poussière s'agglomère et que collent ensemble les glèbes ?
39 Chasses-tu pour la lionne une proie, apaises-tu l'appétit des lionceaux,
40 quand ils sont tapis dans leurs tanières, aux aguets dans le fourré ?
41 Qui prépare au corbeau sa provende, lorsque ses petits crient vers Dieu et se dressent sans nourriture ?

39

1 Sais-tu quand les bouquetins font leurs petits ? As-tu observé des biches en travail ?
2 Combien de mois dure leur gestation, quelle est l'époque de leur délivrance ?
3 Alors elles s'accroupissent pour mettre bas, elles se débarrassent de leurs portées.
4 Et quand leurs petits ont pris des forces et grandi, ils partent dans le désert et ne reviennent plus près d'elles.
5 Qui a lâché l'onagre en liberté, délié la corde de l'âne sauvage ?
6 A lui, j'ai donné la steppe pour demeure, la plaine salée pour habitat.
7 Il se rit du tumulte des villes et n'entend pas l'ânier vociférer.
8 Il explore les montagnes, son pâturage, à la recherche de toute verdure.
9 Le boeuf sauvage voudra-t-il te servir, passer la nuit chez toi devant la crèche ?
10 Attacheras-tu un boeuf par une corde au sillon, hersera-t-il les vallons derrière toi ?
11 Peux-tu compter sur sa force très grande et lui laisser la peine de tes travaux ?
12 Seras-tu assuré de son retour, pour amasser ton grain sur ton aire ?
13 L'aile de l'autruche bat allègrement, et que n'a-t-elle le pennage de la cigogne et du faucon ?
14 Elle abandonne à terre ses oeufs, les confie à la chaleur du sol.
15 Elle oublie qu'un pied peut les fouler, une bête sauvage les écraser.
16 Dure pour ses petits comme pour des étrangers, d'une peine inutile elle ne s'inquiète pas.
17 C'est que Dieu l'a privée de sagesse, ne lui a point départi l'intelligence.
18 Mais sitôt qu'elle se dresse et se soulève, elle défie le cheval et son cavalier.
19 Donnes-tu au cheval la bravoure, revêts-tu son cou d'une crinière ?
20 Le fais-tu bondir comme la sauterelle ? Son hennissement altier répand la terreur.
21 Il piaffe de joie dans le vallon, avec vigueur il s'élance au-devant des armes.
22 Il se moque de la peur et ne craint rien, il ne recule pas devant l'épée.
23 Sur lui résonnent le carquois, la lance étincelante et le javelot.
24 Frémissant d'impatience, il dévore l'espace ; il ne se tient plus quand sonne la trompette
25 à chaque coup de trompette, il crie : Héah ! Il flaire de loin la bataille, la voix tonnante des chefs et le cri de guerre.
26 Est-ce avec ton discernement que le faucon prend son vol, qu'il déploie ses ailes vers le sud ?
27 Sur ton ordre que l'aigle s'élève et place son nid dans les hauteurs ?
28 Il fait du rocher son habitat nocturne, d'un pic rocheux sa forteresse.
29 Il guette de là sa proie et ses yeux de loin l'aperçoivent.
30 Ses petits lapent le sang, où il y a des tués, il est là.

40

1 Alors Yahvé s'adressant à Job lui dit
2 L'adversaire de Shaddaï a-t-il à critiquer ? Le censeur de Dieu va-t-il répondre ?
3 Et Job répondit à Yahvé :
4 J'ai parlé à la légère : que te répliquerai-je ? Je mettrai plutôt ma main sur ma bouche.
5 J'ai parlé une fois, je ne répéterai pas ; deux fois, je n'ajouterai rien.
6 Yahvé répondit à Job du sein de la tempête et dit :
7 Ceins tes reins comme un brave : je vais t'interroger et tu m'instruiras.
8 Veux-tu vraiment casser mon jugement, me condamner pour assurer ton droit ?
9 As-tu donc un bras comme celui de Dieu, ta voix peut-elle tonner pareillement ?
10 Allons, pare-toi de majesté et de grandeur, revêts-toi de splendeur et de gloire.
11 Fais éclater les fureurs de ta colère, d'un regard, courbe l'arrogant.
12 D'un regard, ravale l'homme superbe, écrase sur place les méchants.
13 Enfouis-les ensemble dans le sol, emprisonne-les chacun dans le cachot.
14 Et moi-même je te rendrai hommage, car tu peux assurer ton salut par ta droite.
15 Mais regarde donc Béhémoth, ma créature, tout comme toi ! Il se nourrit d'herbe, comme le boeuf.
16 Vois, sa force réside dans ses reins, sa vigueur dans les muscles de son ventre.
17 Il raidit sa queue comme un cèdre, les nerfs de ses cuisses s'entrelacent.
18 Ses os sont des tubes d'airain, sa carcasse, comme du fer forgé.
19 C'est lui la première des oeuvres de Dieu. Son Auteur le menaça de l'épée,
20 lui interdit la région des montagnes et toutes les bêtes sauvages qui s'y ébattent.
21 Sous les lotus, il est couché, il se cache dans les roseaux des marécages.
22 Le couvert des lotus lui sert d'ombrage et les saules du torrent le protègent.
23 Si le fleuve se déchaîne, il ne s'émeut pas ; un Jourdain lui jaillirait jusqu'à la gueule sans qu'il bronche.
24 Qui donc le saisira par les yeux, lui percera le nez avec des pieux ?
25 Et Léviathan, le pêches-tu à l'hameçon, avec une corde comprimes-tu sa langue ?
26 Fais-tu passer un jonc dans ses naseaux, avec un croc perces-tu sa mâchoire ?
27 Est-ce lui qui te suppliera longuement, te parlera d'un ton timide ?
28 Conclura-t-il une alliance avec toi, pour devenir ton serviteur à vie ?
29 T'amusera-t-il comme un passereau, l'attacheras-tu pour la joie de tes filles ?
30 Sera-t-il mis en vente par des associés, puis débité entre marchands ?
31 Cribleras-tu sa peau de dards, le harponneras-tu à la tête comme un poisson ?
32 Pose seulement la main sur lui : au souvenir de la lutte, tu ne recommenceras plus !

41

1 Ton espérance serait illusoire, car sa vue seule suffit à terrasser.
2 Personne n'est assez féroce pour l'exciter, qui donc, alors, irait me tenir tête ?
3 Qui m'a fait une avance, qu'il me faille rembourser ? Tout ce qui est sous les cieux est à moi !
4 Je ne veux pas taire ses membres, le détail de ses exploits, la beauté de ses membres.
5 Qui a découvert par devant sa tunique, pénétré dans sa double cuirasse ?
6 Qui a ouvert les battants de sa gueule ? La terreur règne autour de ses dents !
7 Son dos, ce sont des rangées de boucliers, que ferme un sceau de pierre.
8 Ils se touchent de si près qu'un souffle ne peut s'y infiltrer.
9 Ils adhèrent l'un à l'autre et font un bloc sans fissure.
10 Son éternuement projette de la lumière, ses yeux ressemblent aux paupières de l'aurore.
11 De sa gueule jaillissent des torches, il s'en échappe des étincelles de feu.
12 De ses naseaux sort une fumée, comme un chaudron qui bout sur le feu.
13 Son souffle allumerait des charbons, une flamme sort de sa gueule.
14 Sur son cou est campée la force, et devant lui bondit l'épouvante.
15 Quand il se dresse, les flots prennent peur et les vagues de la mer se retirent.
16 Les fanons de sa chair sont soudés ensemble : ils adhèrent à elle, inébranlables.
17 Son coeur est dur comme le roc, résistant comme la meule de dessous.
18 L'épée l'atteint sans se fixer, de même lance, javeline ou dard.
19 Pour lui, le fer n'est que paille, et l'airain, du bois pourri.
20 Les traits de l'arc ne le font pas fuir : les pierres de fronde se changent en fétu.
21 La massue lui semble un fétu, il se rit du javelot qui vibre.
22 Il a sous lui des tessons aigus, comme une herse il passe sur la vase.
23 Il fait bouillonner le gouffre comme une chaudière, il change la mer en brûle-parfums.
24 Il laisse derrière lui un sillage lumineux, l'abîme semble couvert d'une toison blanche.
25 Sur terre, il n'a point son pareil, il a été fait intrépide.
26 Il regarde en face les plus hautains, il est roi sur tous les fils de l'orgueil.

42

1 Et Job fit cette réponse à Yahvé :
2 Je sais que tu es tout-puissant : ce que tu conçois, tu peux le réaliser.
3 Qui est celui-la qui voile tes plans, par des propos dénués de sens ? Oui, j'ai raconté des oeuvres grandioses que je ne comprends pas, des merveilles qui me dépassent et que j'ignore.
4 (Écoute, laisse-moi parler : je vais t'interroger et tu m'instruiras.)
5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t'ont vu.
6 Aussi je me rétracte et m'afflige sur la poussière et sur la cendre.
7 Après qu'il eut ainsi parlé à Job, Yahvé s'adressa à Éliphaz de Témân : "Ma colère s'est enflammée contre toi et tes deux amis, car vous n'avez pas parlé de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job.
8 Et maintenant, procurez-vous sept taureaux et sept béliers, puis allez vers mon serviteur Job. Vous offrirez pour vous un holocauste, tandis que mon serviteur Job priera pour vous. Ce n'est que par égard pour lui que je ne vous infligerai pas ma disgrâce pour n'avoir pas, comme mon serviteur Job, parlé avec droiture de moi."
9 Éliphaz de Témân, Bildad de Shuah, Çophar de Naama s'en furent exécuter l'ordre de Yahvé. Et Yahvé eut égard à Job.
10 Et Yahvé restaura la situation de Job, tandis qu'il intercédait pour ses amis ; et même Yahvé accrut au double tous les biens de Job.
11 Celui-ci vit venir vers lui tous ses frères et toutes ses soeurs ainsi que tous ceux qui le fréquentaient autrefois. Partageant le pain avec lui dans sa maison, ils s'apitoyaient sur lui et le consolaient de tous les maux que Yahvé lui avait infligés. Chacun lui fit cadeau d'une pièce d'argent, chacun lui laissa un anneau d'or.
12 Yahvé bénit la condition dernière de Job plus encore que l'ancienne. Il posséda quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de boeufs et mille ânesses.
13 Il eut sept fils et trois filles.
14 La première, il la nomma "Tourterelle", la seconde "Cinnamome" et la troisième "Corne à fard."
15 Dans tout le pays on ne trouvait pas d'aussi belles femmes que les filles de Job. Et leur père leur donna une part d'héritage en compagnie de leurs frères.
16 Après cela Job vécut encore cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu'à la quatrième génération.
17 Puis Job mourut chargé d'ans et rassasié de jours.

LES PSAUMES

Psaume 1

1 Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des impies, ni dans la voie des pécheurs ne s'arrête, ni au siège des railleurs ne s'assied,
2 mais se plaît dans la loi de Yahvé, mais murmure sa loi jour et nuit !
3 Il est comme un arbre planté près des ruisseaux ; qui donne son fruit en la saison et jamais son feuillage ne sèche ; tout ce qu'il fait réussit :
4 pour les impies rien de tel ! Mais ils sont comme la bale qu'emporte le vent.
5 Ainsi, les impies ne tiendront pas au Jugement, ni les pécheurs, à l'assemblée des justes.
6 Car Yahvé connaît la voie des justes, mais la voie des impies se perd.

Psaume 2

1 Pourquoi ces nations en tumulte, ces peuples qui murmurent en vain ?
2 Les rois de la terre s'insurgent, les princes tiennent tête à Yahvé et à son Messie :
3 "Rompons leurs chaînes, débarrassons-nous de leurs liens !"
4 Celui qui siège dans les cieux s'en amuse, Yahvé les tourne en dérision.
5 Puis dans sa colère il leur parle, dans sa fureur il les épouvante :
6 "C'est moi qui ai sacré mon roi sur Sion, ma montagne sainte."
7 Je publierai le décret de Yahvé : Il m'a dit : "Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré.
8 Demande, et je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre ;
9 tu les briseras avec un sceptre de fer, comme un vase de potier tu les casseras."
10 Et maintenant, rois, comprenez, corrigez-vous, juges de la terre !
11 Servez Yahvé avec crainte,
12 baisez ses pieds avec tremblement ; qu'il s'irrite, et vous vous perdez en chemin : en un instant flambe sa colère. Heureux qui s'abrite en lui !

Psaume 3

1 Psaume. De David. Quand il fuyait devant son fils Absalom.
2 Yahvé, qu'ils sont nombreux mes oppresseurs, nombreux ceux qui se dressent contre moi,
3 nombreux ceux qui disent de moi : "Point de salut pour lui en son Dieu !"
4 Mais toi, Yahvé, bouclier ma gloire ! tu me redresses la tête.
5 A pleine voix je crie vers Yahvé, il me répond de sa montagne sainte.
6 Et moi, je me couche et m'endors, je m'éveille : Yahvé est mon soutien.
7 Je ne crains pas ces gens par milliers qui forment un cercle contre moi.
8 Dresse-toi, Yahvé ! Sauve-moi, mon Dieu ! Tu frappes à la joue tous mes ennemis, les dents des impies, tu les brises.
9 A Yahvé, le salut ! Sur ton peuple, ta bénédiction !

Psaume 4

1 Du maître de chant. Avec instruments à cordes. Psaume. De David.
2 Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice, dans l'angoisse tu m'as mis au large : pitié pour moi, écoute ma prière !
3 Fils d'homme, jusqu'où irez-vous dans l'insulte à ma gloire, dans l'amour du néant et la course au mensonge ?
4 Sachez que Yahvé met à part son fidèle, Yahvé écoute quand je crie vers lui.
5 Frémissez et ne péchez plus, parlez en votre coeur, sur votre couche faites silence.
6 Offrez des sacrifices et faites confiance à Yahvé.
7 Beaucoup disent : "Qui nous fera voir le bonheur ?" Fais lever sur nous la lumière de ta face. Yahvé,
8 tu as mis en mon coeur plus de joie qu'aux jours ou leur froment, leur vin nouveau débordent.
9 En paix, tout aussitôt, je me couche et m'endors : c'est toi, Yahvé, qui m'établis à part, en sûreté.

Psaume 5

1 Du maître de chant. Sur les flûtes. Psaume. De David.
2 Ma parole, écoute-la, Yahvé, discerne ma plainte,
3 sois attentif à la voix de mon appel, ô mon Roi et mon Dieu ! C'est toi que je prie,
4 Yahvé ! Au matin tu écoutes ma voix ; au matin je me prépare pour toi et je reste aux aguets.
5 Tu n'es pas un Dieu agréant l'impiété, le méchant n'est pas ton hôte ;
6 non, les arrogants ne tiennent pas devant ton regard. Tu hais tous les malfaisants,
7 tu fais périr les menteurs ; l'homme de sang et de fraude, Yahvé le déteste.
8 Et moi, par la grandeur de ton amour, j'accède à ta maison ; vers ton temple sacré je me prosterne, pénétré de ta crainte.
9 Yahvé, guide-moi dans ta justice à cause de ceux qui me guettent, aplanis devant moi ton chemin.
10 Non, rien n'est sûr dans leur bouche, en leur fond il n'y a que ruine, leur gosier est un sépulcre béant, mielleuse se fait leur langue.
11 Traite-les en coupables, ô Dieu, qu'ils échouent dans leurs projets ; pour leurs crimes sans nombre, chasse-les, puisqu'ils se révoltent contre toi.
12 Joie pour tous ceux que tu abrites, allégresse à jamais ; tu les protèges, en toi exultent ceux qui aiment ton nom.
13 Car toi, tu bénis le juste, Yahvé, comme un bouclier, ta faveur le couronne.

Psaume 6

1 Du maître de chant. Sur les instruments à cordes. Sur l'octacorde. Psaume. De David.
2 Yahvé, ne me châtie point dans ta colère, ne me reprends point dans ta fureur.
3 Pitié pour moi, Yahvé, je suis à bout de force, guéris-moi, Yahvé, mes os sont bouleversés,
4 mon âme est toute bouleversée. Mais toi, Yahvé, jusques à quand ?
5 Reviens, Yahvé, délivre mon âme, sauve-moi, en raison de ton amour.
6 Car, dans la mort, nul souvenir de toi : dans le shéol, qui te louerait ?
7 Je me suis épuisé en gémissements, chaque nuit, je baigne ma couche ; de mes larmes j'arrose mon lit,
8 mon oeil est rongé de pleurs. Insolence chez tous mes oppresseurs ;
9 loin de moi, tous les malfaisants ! Car Yahvé entend la voix de mes sanglots ;
10 Yahvé entend ma supplication, Yahvé accueillera ma prière.
11 Tous mes ennemis, honteux, bouleversés, qu'ils reculent, soudain couverts de honte !

Psaume 7

1 Lamentation. De David. Qu'il chanta à Yahvé à propos de Kush le Benjaminite.
2 Yahvé mon Dieu, en toi j'ai mon abri, sauve-moi de tous mes poursuivants, délivre-moi ;
3 qu'il n'emporte comme un lion mon âme, lui qui déchire, et personne qui délivre !
4 Yahvé mon Dieu, si j'ai fait cela, laissé la fraude sur mes mains,
5 si j'ai rendu le mal à mon bienfaiteur, en épargnant sans raison mon oppresseur,
6 que l'ennemi poursuive mon âme et l'atteigne ! Qu'il écrase ma vie contre terre et relègue mes entrailles dans la poussière !
7 Lève-toi, Yahvé, dans ta colère, dresse-toi contre les excès de mes oppresseurs, veille à mon côté toi qui ordonnes le jugement.
8 Que l'assemblée des nations t'environne, reviens au-dessus d'elle.
9 (Yahvé est l'arbitre des peuples.) Juge-moi, Yahvé, selon ma justice et selon mon intégrité.
10 Mets fin à la malice des impies, affermis le juste, toi qui sondes les coeurs et les reins, ô Dieu le juste !
11 Mon bouclier est auprès de Dieu, le sauveur des coeurs droits,
12 Dieu le juste juge, lent à la colère, mais Dieu en tout temps menaçant.
13 Si l'homme ne se reprend pas, qu'il affûte son épée, qu'il bande son arc et l'apprête,
14 c'est pour lui qu'il apprête les engins de mort et fait de ses flèches des brandons ;
15 le voici en travail de malice, il a conçu la peine, il enfante le mécompte.
16 Il ouvre une fosse et la creuse, il tombera dans le trou qu'il a fait ;
17 sa peine reviendra sur sa tête, sa violence lui retombera sur le crâne.
18 Je rendrai grâce à Yahvé pour sa justice, je veux jouer pour le Nom du Très-Haut.

Psaume 8

1 Du maître de chant. Sur la ... de Gat. Psaume. De David.
2 Yahvé, notre Seigneur, qu'il est puissant ton nom par toute la terre ! Lui qui redit ta majesté plus haute que les cieux
3 par la bouche des enfants, des tout petits, tu l'établis, lieu fort, à cause de tes adversaires pour réduire l'ennemi et le rebelle.
4 A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles, que tu fixas,
5 qu'est donc le mortel, que tu t'en souviennes, le fils d'Adam, que tu le veuilles visiter ?
6 A peine le fis-tu moindre qu'un dieu ; tu le couronnes de gloire et de beauté,
7 pour qu'il domine sur l'oeuvre de tes mains ; tout fut mis par toi sous ses pieds,
8 brebis et boeufs, tous ensemble, et même les bêtes des champs,
9 l'oiseau du ciel et les poissons de la mer, quand il va par les sentiers des mers.
10 Yahvé, notre Seigneur, qu'il est puissant ton nom par toute la terre !

Psaume 9-10

1 Du maître de chant. Sur hautbois et harpe. Psaume. De David.
2 Je te rends grâce, Yahvé, de tout mon coeur, j'énumère toutes tes merveilles,
3 j'exulte et me réjouis en toi, je joue pour ton nom, Très-Haut.
4 Mes ennemis retournent en arrière, ils fléchissent, ils périssent devant ta face,
5 quand tu m'as rendu sentence et jugement, siégeant sur le trône en juste juge.
6 Tu as maté les païens, fait périr l'impie, effacé leur nom pour toujours et à jamais ;
7 l'ennemi est achevé, ruines sans fin, tu as renversé des villes, et leur souvenir a péri.
8 Voici, Yahvé siège pour toujours, il affermit pour le jugement son trône ;
9 lui, il jugera le monde avec justice, prononcera sur les nations avec droiture.
10 Que Yahvé soit un lieu fort pour l'opprimé, un lieu fort aux temps de détresse !
11 En toi se confient ceux qui connaissent ton nom, tu n'abandonnes point ceux qui te cherchent, Yahvé.
12 Jouez pour Yahvé, l'habitant de Sion, racontez parmi les peuples ses hauts faits !
13 Lui qui s'enquiert du sang se souvient d'eux, il n'oublie pas le cri des malheureux.
14 Pitié pour moi, Yahvé, vois mon malheur, tu me fais remonter des portes de la mort,
15 que je publie toute ta louange aux portes de la fille de Sion, joyeux de ton salut.
16 Les païens ont croulé dans la fosse qu'ils ont faite, au filet qu'ils ont tendu, leur pied s'est pris.
17 Yahvé s'est fait connaître, il a rendu le jugement, il a lié l'impie à son propre piège.
18 Que les impies retournent au shéol, tous ces païens qui oublient Dieu !
19 Car le pauvre n'est pas oublié jusqu'à la fin, l'espoir des malheureux ne périt pas à jamais.
20 Dresse-toi, Yahvé, que l'homme ne triomphe, qu'ils soient jugés, les païens, devant ta face !
21 Jette, Yahvé, sur eux l'épouvante, qu'ils connaissent, les païens, qu'ils sont hommes !

10

1 Pourquoi, Yahvé, restes-tu loin, te caches-tu aux temps de détresse ?
2 Sous l'orgueil de l'impie le malheureux est pourchassé, il est pris aux ruses que l'autre a combinées.
3 L'impie se loue des désirs de son âme, l'homme avide qui bénit méprise Yahvé,
4 l'impie, arrogant, ne cherche point : "Pas de Dieu !" voilà toute sa pensée.
5 A chaque instant ses démarches aboutissent, tes jugements sont trop hauts pour lui, tous ses rivaux, il souffle sur eux.
6 Il dit en son coeur : "Je tiendrai bon il ne m'arrivera jamais aucun malheur."
7 Malédiction, fraude et violence lui emplissent la bouche, sous sa langue peine et méfait ;
8 il est assis à l'affût dans les roseaux, sous les couverts il massacre l'innocent. Des yeux il épie le misérable,
9 à l'affût, bien couvert, comme un lion dans son fourré, à l'affût pour ravir le malheureux, il ravit le malheureux en le traînant dans son filet.
10 Il épie, s'accroupit, se tapit, le misérable tombe en son pouvoir ;
11 il dit en son coeur : "Dieu oublie, il se couvre la face pour ne pas voir jusqu'à la fin."
12 Dresse-toi, Yahvé ! O Dieu, lève ta main, n'oublie pas les malheureux !
13 Pourquoi l'impie blasphème-t-il Dieu, dit-il en son coeur : "Tu ne chercheras point ?"
14 Tu as vu, toi, la peine et les pleurs, tu regardes pour les prendre en ta main : à toi le misérable s'abandonne, l'orphelin, toi, tu le secours.
15 Brise le bras de l'impie, du méchant, tu chercheras son impiété, tu ne la trouveras plus.
16 Yahvé est roi pour toujours et à jamais, les païens ont disparu de sa terre.
17 Le désir des humbles, tu l'écoutes, Yahvé, tu affermis leur coeur, tu tends l'oreille,
18 pour juger l'orphelin et l'opprimé : qu'il cesse de faire peur, l'homme né de la terre !

Psaume 11 (10)

1 Du maître de chant. De David. En Yahvé j'ai mon abri. Comment dites-vous à mon âme : "Fuis à ta montagne, passereau.
2 "Vois les impies bander leur arc, ils ajustent leur flèche à la corde pour viser dans l'ombre les coeurs droits ;
3 si les fondations sont ruinées, que peut le juste ?"
4 Yahvé dans son palais de sainteté, Yahvé, dans les cieux est son trône ; ses yeux contemplent le monde, ses paupières éprouvent les fils d'Adam.
5 Yahvé éprouve le juste et l'impie. Qui aime la violence, son âme le hait.
6 Il fera pleuvoir sur les impies des charbons, feu et soufre et vent de tempête, c'est la coupe qu'ils auront en partage.
7 Yahvé est juste, il aime la justice, les coeurs droits contempleront sa face.

Psaume 12 (11)

1 Du maître de chant. Sur l'octacorde. Psaume. De David.
2 Au secours, Yahvé ! il n'y a plus d'homme fidèle, la loyauté a disparu d'entre les fils d'Adam.
3 On ne fait que mentir, chacun à son prochain, lèvres trompeuses, langage d'un coeur double.
4 Que Yahvé retranche toute lèvre trompeuse, la langue qui fait de grandes phrases,
5 ceux qui disent : "La langue est notre fort, nos lèvres sont pour nous, qui serait notre maître ?"
6 A cause du pauvre qu'on dépouille, du malheureux qui gémit, maintenant je me dresse, déclare Yahvé : j'assurerai le salut à ceux qui y aspirent.
7 Les paroles de Yahvé sont des paroles sincères, argent natif qui sort de terre, sept fois épuré ;
8 toi, Yahvé, tu y veilleras. Tu le protégeras d'une telle engeance à jamais.
9 De tous côtés les impies s'agitent, la corruption grandit chez les fils d'Adam.

Psaume 13 (12)

1 Du maître de chant. Psaume. De David.
2 Jusques à quand, Yahvé, m'oublieras-tu ? jusqu'à la fin ? Jusques à quand me vas-tu cacher ta face ?
3 Jusques à quand mettrai-je en mon âme la révolte, en mon coeur le chagrin, de jour et de nuit ? Jusques à quand mon adversaire aura-t-il le dessus ?
4 Regarde, réponds-moi, Yahvé mon Dieu ! Illumine mes yeux, que dans la mort je ne m'endorme.
5 Que mon ennemi ne dise : "Je l'emporte sur lui", que mes oppresseurs n'exultent à me voir chanceler !
6 Pour moi, en ton amour je me confie ; que mon coeur exulte, admis en ton salut, que je chante à Yahvé pour le bien qu'il m'a fait, que je joue pour le nom de Yahvé le Très-Haut !

Psaume 14 (13)

1 Du maître de chant. De David. L'insensé a dit en son coeur : "Non, plus de Dieu !" Corrompues, abominables leurs actions ; personne n'agit bien.
2 Des cieux Yahvé se penche vers les fils d'Adam, pour voir s'il en est un de sensé, un qui cherche Dieu.
3 Tous ils sont dévoyés, ensemble pervertis. Non, personne n'agit bien, non, pas un seul.
4 Ne le savent-ils pas, tous les malfaisants ? Ils mangent mon peuple, voilà le pain qu'ils mangent, ils n'invoquent pas Yahvé.
5 Là, ils se sont mis à trembler, car Dieu est pour la race du juste :
6 vous bafouez la révolte du pauvre, mais Yahvé est son abri.
7 Qui donnera de Sion le salut à Israël ? Lorsque Yahvé ramènera les captifs de son peuple, allégresse en Jacob et joie pour Israël !

Psaume 15 (14)

1 Psaume. De David. Yahvé, qui logera sous ta tente, habitera sur ta sainte montagne ?
2 Celui qui marche en parfait, celui qui pratique la justice et dit la vérité de son coeur,
3 sans laisser courir sa langue ; qui ne lèse en rien son frère, ne jette pas d'insulte à son prochain,
4 méprise du regard le réprouvé, mais honore les craignants de Yahvé ; qui jure à ses dépens sans se dédire,
5 ne prête pas son argent à intérêt, n'accepte rien pour nuire à l'innocent. Qui fait ainsi jamais ne chancellera.

Psaume 16 (15)

1 A mi-voix. De David. Garde-moi, ô Dieu, mon refuge est en toi.
2 J'ai dit à Yahvé : C'est toi mon Seigneur, mon bonheur n'est en aucun
3 de ces démons de la terre. Ceux-là en imposent à tous ceux qui les aiment,
4 leurs idoles foisonnent, on court à leur suite. Verser leurs libations de sang ? jamais ! Faire monter leurs noms sur mes lèvres ? jamais !
5 Yahvé, ma part d'héritage et ma coupe, c'est toi qui garantis mon lot ;
6 le cordeau me marque un enclos de délices, et l'héritage est pour moi magnifique.
7 Je bénis Yahvé qui s'est fait mon conseil, et même la nuit, mon coeur m'instruit.
8 J'ai mis Yahvé devant moi sans relâche ; puisqu'il est à ma droite, je ne puis chanceler.
9 Aussi, mon coeur exulte, mes entrailles jubilent, et ma chair reposera en sûreté ;
10 car tu ne peux abandonner mon âme au shéol, tu ne peux laisser ton fidèle voir la fosse.
11 Tu m'apprendras le chemin de vie, devant ta face, plénitude de joie, en ta droite, délices éternelles.

Psaume 17 (16)

1 Prière. De David. Écoute, Yahvé, la justice, sois attentif à mon cri ; prête l'oreille à ma prière, point de fraude sur mes lèvres.
2 De ta face sortira mon jugement, tes yeux verront où est le droit.
3 Tu sondes mon coeur, tu me visites la nuit, tu m'éprouves sans trouver en moi d'infâmie : ma bouche n'a point péché
4 à la façon des hommes, la parole de tes lèvres, moi je l'ai gardée. Aux sentiers prescrits,
5 affermis mes pas, à tes traces, que mes pieds ne chancellent.
6 Je suis là, je t'appelle, car tu réponds, ô Dieu ! Tends l'oreille vers moi, écoute mes paroles,
7 signale tes grâces, toi qui sauves ceux qui recourent à ta droite contre les assaillants.
8 Garde-moi comme la prunelle de l'oeil, à l'ombre de tes ailes cache-moi
9 aux regards de ces impies qui me ravagent ; ennemis au fond de l'âme, ils me cernent.
10 Ils sont enfermés dans leur graisse, ils parlent, l'arrogance à la bouche.
11 Ils marchent contre moi, maintenant ils m'encerclent, ils ont l'oeil sur moi pour me terrasser.
12 Leur apparence est d'un lion impatient d'arracher et d'un lionceau tapi dans sa cachette.
13 Dresse-toi, Yahvé, affronte-le, renverse-le, par ton épée délivre mon âme de l'impie,
14 des mortels, par ta main, Yahvé, des mortels qui, dans la vie, ont leur part de ce monde ! Avec tes réserves tu leur rempliras le ventre, leurs fils seront rassasiés et ils laisseront le surplus à leurs enfants.
15 Moi, dans la justice, je contemplerai ta face, au réveil je me rassasierai de ton image.

Psaume 18 (17)

1 Du maître de chant. Du serviteur de Yahvé, David, qui adressa à Yahvé les paroles de ce cantique, quand Yahvé l'eut délivré de tous ses ennemis et de la main de Saül. Il dit :
2 Je t'aime, Yahvé, ma force (mon sauveur, tu m'as sauvé de la violence).
3 Yahvé est mon roc et ma forteresse, mon libérateur, c'est mon Dieu. Je m'abrite en lui, mon rocher, mon bouclier et ma force de salut, ma citadelle.
4 Loué soit-il ! J'invoque Yahvé, et je suis sauvé de mes ennemis.
5 Les flots de la Mort m'enveloppaient, les torrents de Bélial m'épouvantaient ;
6 les filets du Shéol me cernaient, les pièges de la Mort m'attendaient.
7 Dans mon angoisse j'invoquai Yahvé, vers mon Dieu je lançai mon cri ; il entendit de son temple ma voix et mon cri parvint à ses oreilles.
8 Et la terre s'ébranla et chancela, les assises des montagnes frémirent, (sous sa colère elles furent ébranlées) ;
9 une fumée monta à ses narines et de sa bouche un feu dévorait (des braises s'y enflammèrent).
10 Il inclina les cieux et descendit, une sombre nuée sous ses pieds ;
11 il chevaucha un chérubin et vola, il plana sur les ailes du vent.
12 Il fit des ténèbres son voile, sa tente, ténèbre d'eau, nuée sur nuée ;
13 un éclat devant lui enflammait grêle et braises de feu.
14 Yahvé tonna des cieux, le Très-Haut donna de la voix ;
15 il décocha ses flèches et les dispersa, il lança les éclairs et les chassa.
16 Et le lit de la mer apparut, les assises du monde se découvrirent, au grondement de ta menace, Yahvé, au vent du souffle de tes narines.
17 Il tend la main d'en haut et me prend, il me retire des grandes eaux,
18 il me délivre d'un puissant ennemi, d'adversaires plus forts que moi.
19 Ils m'attendaient au jour de mon malheur, mais Yahvé fut pour moi un appui ;
20 il m'a dégagé, mis au large, il m'a sauvé, car il m'aime.
21 Yahvé me rend selon ma justice, selon la pureté de mes mains me rétribue,
22 car j'ai gardé les voies de Yahvé sans faillir loin de mon Dieu.
23 Ses jugements sont tous devant moi, ses décrets, je ne les ai pas écartés,
24 je suis irréprochable envers lui, je me garde contre le péché.
25 Et Yahvé me rétribue selon ma justice, ma pureté qu'il voit de ses yeux.
26 Tu es fidèle avec le fidèle, sans reproche avec l'irréprochable,
27 pur avec qui est pur mais rusant avec le fourbe,
28 toi qui sauves le peuple des humbles, et rabaisses les yeux hautains.
29 C'est toi, Yahvé, ma lampe, mon Dieu éclaire ma ténèbre ;
30 avec toi je force l'enceinte, avec mon Dieu je saute la muraille.
31 Dieu, sa voie est sans reproche et la parole de Yahvé sans alliage. Il est, lui, le bouclier de quiconque s'abrite en lui.
32 Qui donc est Dieu, hors Yahvé ? Qui est Rocher, sinon notre Dieu ?
33 Ce Dieu qui me ceint de force et rend ma voie irréprochable,
34 qui égale mes pieds à ceux des biches et me tient debout sur les hauteurs,
35 qui instruit mes mains au combat, mes bras à bander l'arc d'airain.
36 Tu me donnes ton bouclier de salut (ta droite me soutient), tu ne cesses de m'exaucer,
37 tu élargis mes pas sous moi et mes chevilles n'ont point fléchi.
38 Je poursuis mes ennemis et les atteins, je ne reviens pas qu'ils ne soient achevés ;
39 je les frappe, ils ne peuvent se relever, ils tombent, ils sont sous mes pieds.
40 Tu m'as ceint de force pour le combat, tu fais ployer sous moi mes agresseurs ;
41 mes ennemis, tu me fais voir leur dos, ceux qui me haïssent, je les extermine.
42 Ils crient, et pas de sauveur, vers Yahvé, mais pas de réponse ;
43 je les broie comme poussière au vent, je les foule comme la boue des ruelles.
44 Tu me délivres des querelles de mon peuple, tu me mets à la tête des nations ; le peuple que j'ignorais m'est asservi,
45 les fils d'étrangers me font leur cour, ils sont tout oreille et m'obéissent ;
46 les fils d'étrangers faiblissent, ils quittent en tremblant leurs réduits.
47 Vive Yahvé, et béni soit mon rocher, exalté, le Dieu de mon salut,
48 le Dieu qui me donne les vengeances et prosterne les peuples sous moi !
49 Me délivrant d'ennemis furieux, tu m'exaltes par-dessus mes agresseurs, tu me libères de l'homme de violence.
50 Aussi je te louerai, Yahvé, chez les païens, et je veux jouer pour ton nom :
51 "Il multiplie pour son roi les délivrances et montre de l'amour pour son oint, pour David et sa descendance à jamais."

Psaume 19 (18)

1 Du maître de chant. Psaume. De David.
2 Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'oeuvre de ses mains, le firmament l'annonce ;
3 le jour au jour en publie le récit et la nuit à la nuit transmet la connaissance.
4 Non point récit, non point langage, nulle voix qu'on puisse entendre,
5 mais pour toute la terre en ressortent les lignes et les mots jusqu'aux limites du monde. Là-haut, pour le soleil il dressa une tente,
6 et lui, comme un époux qui sort de son pavillon, se réjouit, vaillant, de courir sa carrière.
7 A la limite des cieux il a son lever et sa course atteint à l'autre limite, à sa chaleur rien n'est caché.
8 La loi de Yahvé est parfaite, réconfort pour l'âme ; le témoignage de Yahvé est véridique, sagesse du simple.
9 Les préceptes de Yahvé sont droits, joie pour le coeur ; le commandement de Yahvé est limpide, lumière des yeux.
10 La crainte de Yahvé est pure, immuable à jamais ; les jugements de Yahvé sont vérité, équitables toujours,
11 désirables plus que l'or, qu'une masse d'or fin ; savoureux plus que le miel, que le suc des rayons.
12 Aussi ton serviteur s'en pénètre, les observer est grand profit.
13 Mais qui s'avise de ses faux pas ? Purifie-moi du mal caché.
14 Préserve aussi ton serviteur de l'orgueil, qu'il n'ait sur moi nul empire ! Alors je serai irréprochable et pur du grand péché.
15 Agrée les paroles de ma bouche et le murmure de mon coeur, sans trêve devant toi, Yahvé, mon rocher, mon rédempteur !

Psaume 20 (19)

1 Du maître de chant. Psaume. De David.
2 Qu'il te réponde, Yahvé, au jour d'angoisse, qu'il te protège, le nom du Dieu de Jacob !
3 Qu'il t'envoie du sanctuaire un secours et de Sion qu'il te soutienne !
4 Qu'il se rappelle toutes tes offrandes ton holocauste, qu'il le trouve savoureux !
5 Qu'il te donne selon ton coeur et tous tes desseins, qu'il les accomplisse !
6 Alors nous crierons de joie en ton salut, au nom de notre Dieu nous pavoiserons ! Que Yahvé accomplisse toutes tes requêtes !
7 Maintenant je connais que Yahvé donne le salut à son messie, des cieux de sainteté il lui répondra par les gestes sauveurs de sa droite.
8 Aux uns les chars, aux autres les chevaux, à nous d'invoquer le nom de Yahvé notre Dieu.
9 Eux, ils plient, ils tombent, nous, debout, nous tenons.
10 Yahvé, sauve le roi, réponds-nous au jour de notre appel.

Psaume 21 (20)

1 Du maître de chant. Psaume. De David.
2 En ta force, Yahvé, le roi se réjouit ; combien ton salut le comble d'allégresse !
3 Tu lui as accordé le désir de son coeur, tu n'as point refusé le souhait de ses lèvres.
4 Car tu l'as prévenu de bénédictions de choix, tu as mis sur sa tête une couronne d'or fin ;
5 tu lui as accordé la vie qu'il demandait, longueur de jours, encore et à jamais.
6 Grande gloire lui fait ton salut, tu as mis sur lui le faste et l'éclat ;
7 oui, tu l'établis en bénédiction pour toujours, tu le réjouis de bonheur près de ta face ;
8 oui, le roi se confie en Yahvé, la grâce du Très-Haut le garde du faux pas.
9 Ta main trouvera tous tes adversaires, ta droite trouvera tes ennemis ;
10 tu feras d'eux une fournaise au jour de ta face, Yahvé les engloutira dans sa colère, le feu les avalera ;
11 leur fruit, tu l'ôteras de la terre, leur semence, d'entre les fils d'Adam.
12 S'ils dirigent contre toi le malheur, s'ils mûrissent un plan : ils ne pourront rien.
13 Oui, tu leur feras tourner le dos, sur eux tu ajusteras ton arc.
14 Lève-toi, Yahvé, dans ta force ! Nous chanterons, nous jouerons pour ta vaillance.

Psaume 22 (21)

1 Du maître de chant. Sur "la biche de l'aurore". Psaume. De David.
2 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné, insoucieux de me sauver, malgré les mots que je rugis ?
3 Mon Dieu, le jour j'appelle et tu ne réponds pas, la nuit, point de silence pour moi.
4 Et toi, le Saint, qui habites les louanges d'Israël !
5 en toi nos pères avaient confiance, confiance, et tu les délivrais,
6 vers toi ils criaient, et ils échappaient, en toi leur confiance, et ils n'avaient pas honte.
7 Et moi, ver et non pas homme, risée des gens, mépris du peuple,
8 tous ceux qui me voient me bafouent, leur bouche ricane, ils hochent la tête :
9 "Qu'il s'en remette à Yahvé, qu'il le délivre ! qu'il le libère, puisqu'il l'aime !"
10 C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère, qui m'as fait reposer sur sa poitrine ;
11 sur toi je fus jeté au sortir des entrailles ; dès le ventre de ma mère, mon Dieu c'est toi.
12 Ne sois pas loin : proche est l'angoisse, point de secours !
13 Des taureaux nombreux me cernent, de fortes bêtes de Bashân m'encerclent ;
14 contre moi bâille leur gueule, lions lacérant et rugissant.
15 Comme l'eau je m'écoule et tous mes os se disloquent ; mon coeur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères ;
16 mon palais est sec comme un tesson, et ma langue collée à ma mâchoire. Tu me couches dans la poussière de la mort.
17 Des chiens nombreux me cernent, une bande de vauriens m'entoure ; comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds.
18 Je peux compter tous mes os, les gens me voient, ils me regardent ;
19 ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.
20 Mais toi, Yahvé, ne sois pas loin, ô ma force, vite à mon aide ;
21 délivre de l'épée mon âme, de la patte du chien, ma personne ;
22 sauve-moi de la gueule du lion, de la corne du taureau, ma pauvre vie.
23 J'annoncerai ton nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai :
24 "Vous qui craignez Yahvé, louez-le, toute la race de Jacob, glorifiez-le, redoutez-le, toute la race d'Israël."
25 Car il n'a point méprisé, ni dédaigné la pauvreté du pauvre, il n'a point caché de lui sa face, mais invoqué par lui il écouta.
26 De toi vient ma louange dans la grande assemblée, j'accomplirai mes voeux devant ceux qui le craignent.
27 Les pauvres mangeront et seront rassasiés. Ils loueront Yahvé, ceux qui le cherchent : "Que vive votre coeur à jamais !"
28 Tous les lointains de la terre se souviendront et reviendront vers Yahvé ; toutes les familles des nations se prosterneront devant lui.
29 A Yahvé la royauté, au maître des nations !
30 Oui, devant lui seul se prosterneront tous les puissants de la terre, devant lui se courberont tous ceux qui descendent à la poussière : et pour celui qui ne vit plus,
31 sa lignée le servira ; on annoncera le Seigneur aux âges
32 à venir, on racontera au peuple à naître sa justice : Voilà son oeuvre !

Psaume 23 (22)

1 Psaume. De David. Yahvé est mon berger, rien ne me manque.
2 Sur des prés d'herbe fraîche il me fait reposer. Vers les eaux du repos il me mène,
3 il y refait mon âme ; il me guide aux sentiers de justice à cause de son nom.
4 Passerais-je un ravin de ténèbre, je ne crains aucun mal car tu es près de moi ; ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent.
5 Devant moi tu apprêtes une table face à mes adversaires ; d'une onction tu me parfumes la tête, ma coupe déborde.
6 Oui, grâce et bonheur me pressent tous les jours de ma vie ; ma demeure est la maison de Yahvé en la longueur des jours.

Psaume 24 (23)

1 Psaume. De David. A Yahvé la terre et sa plénitude, le monde et tout son peuplement ;
2 c'est lui qui l'a fondée sur les mers, et sur les fleuves l'a fixée.
3 Qui montera sur la montagne de Yahvé ? et qui se tiendra dans son lieu saint ?
4 L'homme aux mains innocentes, au coeur pur : son âme ne se porte pas vers des riens, il ne jure pas pour tromper.
5 Il obtiendra la bénédiction de Yahvé et la justice du Dieu de son salut.
6 C'est la race de ceux qui Le cherchent, qui recherchent ta face, Dieu de Jacob.
7 Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portails antiques, qu'il entre, le roi de gloire !
8 Qui est-il, ce roi de gloire ? C'est Yahvé, le fort, le vaillant, Yahvé, le vaillant des combats.
9 Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portails antiques, qu'il entre, le roi de gloire !
10 Qui est-il, ce roi de gloire ? C'est Yahvé Sabaot, c'est lui, le roi de gloire.

Psaume 25 (24)

1 De David. Aleph. Vers toi, Yahvé, j'élève mon âme,
2 ô mon Dieu. Bét. En toi je me confie, que je n'aie point honte, que mes ennemis ne se rient de moi !
3 Gimel. Pour qui espère en toi, point de honte, mais honte à qui trahit sans raison.
4 Dalèt. Fais-moi connaître, Yahvé, tes voies, enseigne-moi tes sentiers.
5 Hé. Dirige-moi dans ta vérité, enseigne-moi, c'est toi le Dieu de mon salut, (Vav.) en toi tout le jour j'espère.
6 Zaïn. Souviens-toi de ta tendresse, Yahvé, de ton amour, car ils sont de toujours.
7 Hèt. Ne te souviens pas des péchés de ma jeunesse, et de mes révoltes, mais de moi, selon ton amour souviens-toi, à cause de ta bonté, Yahvé.
8 Tèt. Droiture et bonté que Yahvé, lui qui remet dans la voie les pécheurs,
9 Yod. qui dirige les humbles dans la justice, qui enseigne aux malheureux sa voie.
10 Kaph. Tous les sentiers de Yahvé sont amour et vérité pour qui garde son alliance et ses préceptes.
11 Lamed. A cause de ton nom, Yahvé, pardonne mes torts, car ils sont grands.
12 Mem. Est-il un homme qui craigne Yahvé, il le remet dans la voie qu'il faut prendre ;
13 Nun. son âme habitera le bonheur, sa lignée possédera la terre.
14 Samek. Le secret de Yahvé est pour ceux qui le craignent, son alliance, pour qu'ils aient la connaissance.
15 Aïn. Mes yeux sont toujours fixés sur Yahvé, car il tire mes pieds du filet.
16 Phé. Tourne-toi vers moi, pitié pour moi, solitaire et malheureux que je suis.
17 Çadé. L'angoisse grandit dans mon coeur, hors de mes tourments tire-moi.
18 (Qoph.) Vois mon malheur et ma peine, efface tous mes péchés.
19 Resh. Vois mes ennemis qui foisonnent, de quelle haine violente ils me haïssent.
20 Shin. Garde mon âme, délivre-moi, point de honte pour moi : tu es mon abri.
21 Tav. Qu'intégrité et droiture me protègent, j'espère en toi, Yahvé.
22 Rachète Israël, ô Dieu, de toutes ses angoisses.

Psaume 26 (25)

1 De David. Justice pour moi, Yahvé, moi j'ai marché en mon intégrité, je m'appuie sur Yahvé et ne dévie pas.
2 Scrute-moi, Yahvé, éprouve-moi, passe au feu mes reins et mon coeur :
3 j'ai devant les yeux ton amour et je marche en ta vérité.
4 Je n'ai pas été m'asseoir avec le fourbe, chez l'hypocrite je ne veux entrer ;
5 j'ai détesté le parti des méchants, avec l'impie je ne veux m'asseoir.
6 Je lave mes mains en l'innocence et tourne autour de ton autel, Yahvé,
7 faisant retentir l'action de grâces, en redisant toutes tes merveilles ;
8 Yahvé, j'aime la beauté de ta Maison et le lieu du séjour de ta gloire.
9 Ne joins pas mon âme aux pécheurs ni ma vie aux hommes de sang ;
10 ils ont dans les mains l'infamie, leur droite est pleine de profits.
11 Pour moi je veux marcher en mon intégrité, rachète-moi, pitié pour moi ;
12 mon pied se tient en droit chemin, je bénirai Yahvé dans les assemblées.

Psaume 27 (26)

1 De David. Yahvé est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? Yahvé est le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je ?
2 Quand s'avancent contre moi les méchants pour dévorer ma chair, ce sont eux, mes ennemis, mes oppresseurs, qui chancellent et succombent.
3 Qu'une armée vienne camper contre moi, mon coeur est sans crainte ; qu'une guerre éclate contre moi, j'ai là ma confiance.
4 Une chose qu'à Yahvé je demande, la chose que je cherche, c'est d'habiter la maison de Yahvé tous les jours de ma vie, de savourer la douceur de Yahvé, de rechercher son palais.
5 Car il me réserve en sa hutte un abri au jour de malheur ; il me cache au secret de sa tente, il m'élève sur le roc.
6 Maintenant ma tête s'élève au-dessus des ennemis qui m'entourent, et je viens sacrifier en sa tente des sacrifices d'acclamation. Je veux chanter, je veux jouer pour Yahvé.
7 Écoute, Yahvé, mon cri d'appel, pitié, réponds-moi !
8 De toi mon coeur a dit : "Cherche sa face." C'est ta face, Yahvé, que je cherche,
9 ne me cache point ta face. N'écarte pas ton serviteur avec colère ; c'est toi mon secours. Ne me laisse pas, ne m'abandonne pas, Dieu de mon salut.
10 Si mon père et ma mère m'abandonnent, Yahvé m'accueillera.
11 Enseigne-moi, Yahvé, ta voie, conduis-moi sur un chemin de droiture à cause de ceux qui me guettent ;
12 ne me livre pas à l'appétit de mes oppresseurs : contre moi se sont dressés de faux témoins qui soufflent la violence.
13 Je le crois, je verrai la bonté de Yahvé sur la terre des vivants.
14 Espère en Yahvé, prends coeur et prends courage, espère en Yahvé.

Psaume 28 (27)

1 De David. Vers toi, Yahvé, j'appelle, mon rocher, ne sois pas sourd ! que je ne sois, devant ton silence, comme ceux qui descendent à la fosse !
2 Écoute la voix de ma prière quand je crie vers toi, quand j'élève les mains, vers ton saint des saints.
3 Ne me traîne pas avec les impies, avec les malfaisants, qui parlent de paix à leur prochain, et le mal est dans leur coeur.
4 Donne-leur, selon leurs oeuvres et la malice de leurs actes, selon l'ouvrage de leurs mains donne-leur, paie-les de leur salaire.
5 Ils méconnaissent les oeuvres de Yahvé, l'ouvrage de ses mains : qu'il les abatte et ne les rebâtisse !
6 Béni soit Yahvé, car il écoute la voix de ma prière !
7 Yahvé ma force et mon bouclier, en lui mon coeur a foi ; j'ai reçu aide, mon coeur exulte, je lui rends grâces par mes chants.
8 Yahvé, force pour son peuple, forteresse de salut pour son messie.
9 Sauve ton peuple, bénis ton héritage, conduis-les, porte-les à jamais !

Psaume 29 (28)

1 Psaume. De David. Rapportez à Yahvé, fils de Dieu, rapportez à Yahvé gloire et puissance,
2 rapportez à Yahvé la gloire de son nom, adorez Yahvé dans son éclat de sainteté.
3 Voix de Yahvé sur les eaux, le Dieu de gloire tonne ; Yahvé sur les eaux innombrables,
4 voix de Yahvé dans la force, voix de Yahvé dans l'éclat ;
5 voix de Yahvé, elle fracasse les cèdres, Yahvé fracasse les cèdres du Liban,
6 il fait bondir comme un veau le Liban, et le Siryôn comme un bouvillon.
7 Voix de Yahvé, elle taille des éclairs de feu ;
8 voix de Yahvé, elle secoue le désert, Yahvé secoue le désert de Cadès.
9 Voix de Yahvé, elle secoue les térébinthes, elle dépouille les futaies. Dans son palais tout crie : Gloire !
10 Yahvé a siégé pour le déluge, il a siégé, Yahvé, en roi éternel.
11 Yahvé donne la puissance à son peuple, Yahvé bénit son peuple dans la paix.

Psaume 30 (29)

1 Psaume. Cantique pour la dédicace de la Maison. De David.
2 Je t'exalte, Yahvé, qui m'as relevé, tu n'as pas fait rire de moi mes ennemis.
3 Yahvé mon Dieu, vers toi j'ai crié, tu m'as guéri.
4 Yahvé, tu as tiré mon âme du shéol, me ranimant d'entre ceux qui descendent à la fosse.
5 Jouez pour Yahvé, vous, ses fidèles, louez sa mémoire de sainteté.
6 Sa colère est d'un instant, sa faveur pour la vie ; au soir la visite des larmes, au matin les cris de joie.
7 Moi, j'ai dit dans mon bonheur : "Rien à jamais ne me fera chanceler !"
8 Yahvé, ta faveur m'a fixé sur de fortes montagnes ; tu caches ta face, je suis bouleversé.
9 Vers toi, Yahvé, j'appelle, à mon Dieu je demande pitié :
10 Que gagnes-tu à mon sang, à ma descente en la tombe ? Te loue-t-elle, la poussière, annonce-t-elle ta vérité ?
11 Écoute, Yahvé, pitié pour moi ! Yahvé, sois mon secours !
12 Pour moi tu as changé le deuil en une danse, tu dénouas mon sac et me ceignis d'allégresse ;
13 aussi mon coeur te chantera sans plus se taire, Yahvé mon Dieu, je te louerai à jamais.

Psaume 31 (30)

1 Du maître de chant. Psaume. De David.
2 En toi, Yahvé, j'ai mon abri, Sur moi pas de honte à jamais ! En ta justice affranchis-moi, délivre-moi,
3 tends l'oreille vers moi, hâte-toi ! Sois pour moi un roc de force, une maison fortifiée qui me sauve ;
4 car mon rocher, mon rempart, c'est toi, pour ton nom, guide-moi, conduis-moi !
5 Tire-moi du filet qu'on m'a tendu, car c'est toi ma force ;
6 en tes mains je remets mon esprit, c'est toi qui me rachètes, Yahvé. Dieu de vérité,
7 tu détestes les servants de vaines idoles ; pour moi, j'ai confiance en Yahvé
8 que j'exulte et jubile en ton amour ! Toi qui as vu ma misère, connu les angoisses de mon âme,
9 tu ne m'as point livré aux mains de l'ennemi, tu as mis au large mes pas.
10 Pitié pour moi, Yahvé, je suis dans la détresse ! Les pleurs me rongent les yeux, la gorge et les entrailles.
11 Car ma vie se consume en affliction et mes années en soupirs ; ma vigueur succombe à la misère et mes os se rongent.
12 Tout ce que j'ai d'oppresseurs fait de moi un scandale ; pour mes voisins je ne suis que dégoût, un effroi pour mes amis. Ceux qui me voient dans la rue s'enfuient loin de moi,
13 comme un mort oublié des coeurs, comme un objet de rebut.
14 J'entends les calomnies des gens, terreur de tous côtés ! ils se groupent à l'envi contre moi, complotant de m'ôter la vie.
15 Et moi, je m'assure en toi, Yahvé, je dis : C'est toi mon Dieu !
16 Mes temps sont dans ta main, délivre-moi, des mains hostiles qui s'acharnent ;
17 fais luire ta face sur ton serviteur, sauve-moi par ton amour.
18 Yahvé, pas de honte sur moi qui t'invoque, mais honte sur les impies ! Qu'ils aillent muets au shéol ;
19 silence aux lèvres de mensonge qui parlent du juste insolemment avec arrogance et mépris !
20 Qu'elle est grande, Yahvé, ta bonté ! Tu la réserves pour qui te craint, tu la dispenses à qui te prend pour abri face aux fils d'Adam.
21 Tu les caches au secret de ta face, loin des intrigues des hommes ; tu les mets à couvert sous la tente, loin de la guerre des langues.
22 Béni soit Yahvé qui fit pour moi des merveilles d'amour (en une ville de rempart) !
23 Et moi je disais en mon trouble : "Je suis ôté loin de tes yeux !" Et pourtant tu écoutas la voix de ma prière quand je criai vers toi.
24 Aimez Yahvé, vous tous, ses fidèles : Yahvé garde ceux qui sont loyaux, mais il rétribue avec usure celui qui fait l'orgueilleux.
25 Courage, reprenez coeur, vous tous qui espérez Yahvé !

Psaume 32 (31)

1 De David. Poème. Heureux qui est absous de son péché, acquitté de sa faute !
2 Heureux l'homme à qui Yahvé ne compte pas son tort, et dont l'esprit est sans fraude !
3 Je me taisais, et mes os se consumaient à rugir tout le jour ;
4 la nuit, le jour, ta main pesait sur moi ; mon coeur était changé en un chaume au plein feu de l'été.
5 Ma faute, je te l'ai fait connaître, je n'ai point caché mon tort ; j'ai dit : J'irai à Yahvé. Confesser mon péché. Et toi, tu as absous mon tort, pardonné ma faute.
6 Aussi tous tes fidèles te prient à l'heure de l'angoisse. Que viennent à déborder les grandes eaux, elles ne peuvent l'atteindre.
7 Tu es pour moi un refuge, de l'angoisse tu me gardes, de chants de délivrance tu m'entoures.
8 Je t'instruirai, je t'apprendrai la route à suivre, les yeux sur toi, je serai ton conseil.
9 Ne sois pas comme le cheval ou le mulet qui ne comprend ni la rêne ni le frein : qu'on s'avance pour le dompter, rien à faire pour qu'il s'approche de toi !
10 Nombreux sont les tourments pour l'impie ; qui se fie en Yahvé, la grâce l'entoure.
11 Réjouissez-vous en Yahvé, exultez, les justes, criez de joie, tous les coeurs droits.

Psaume 33 (32)

1 Criez de joie, les justes, pour Yahvé, aux coeurs droits convient la louange.
2 Rendez grâce à Yahvé sur la harpe, jouez-lui sur la lyre à dix cordes ;
3 chantez-lui un cantique nouveau, de tout votre art accompagnez l'acclamation !
4 Droite est la parole de Yahvé, et toute son oeuvre est vérité ;
5 il chérit la justice et le droit, de l'amour de Yahvé la terre est pleine.
6 Par la parole de Yahvé les cieux ont été faits, par le souffle de sa bouche, toute leur armée ;
7 il rassemble l'eau des mers comme une digue, il met en réserve les abîmes.
8 Qu'elle tremble devant Yahvé, toute la terre, qu'il soit craint de tous les habitants du monde !
9 Il parle et cela est, il commande, et cela existe.
10 Yahvé déjoue le plan des nations, il empêche les pensées des peuples ;
11 mais le plan de Yahvé subsiste à jamais, les pensées de son coeur, d'âge en âge.
12 Heureux le peuple dont Yahvé est le Dieu, la nation qu'il s'est choisie en héritage !
13 Du haut des cieux Yahvé regarde, il voit tous les fils d'Adam ;
14 du lieu de sa demeure il observe tous les habitants de la terre ;
15 lui seul forme leur coeur, il discerne tous leurs actes.
16 Le roi n'est pas sauvé par une grande force, le brave préservé par sa grande vigueur.
17 Mensonge qu'un cheval pour sauver, avec sa grande force, pas d'issue.
18 Voici, l'oeil de Yahvé est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent son amour,
19 pour préserver leur âme de la mort et les faire vivre au temps de la famine.
20 Notre âme attend Yahvé, notre secours et bouclier, c'est lui ;
21 en lui, la joie de notre coeur, en son nom de sainteté notre foi.
22 Sur nous soit ton amour, Yahvé, comme notre espoir est en toi.

Psaume 34 (33)

1 De David. Quand, déguisant sa raison devant Abimélek, il se fit chasser par lui et s'en alla.
2 Aleph. Je bénirai Yahvé en tout temps, sa louange sans cesse en ma bouche ;
3 Bét. en Yahvé mon âme se loue, qu'ils écoutent, les humbles, qu'ils jubilent !
4 Gimel. Magnifiez avec moi Yahvé, exaltons ensemble son nom.
5 Dalèt. Je cherche Yahvé, il me répond et de toutes mes frayeurs me délivre.
6 Hé. Qui regarde vers lui resplendira et sur son visage point de honte.
7 Zaïn. Un pauvre a crié, Yahvé écoute, et de toutes ses angoisses il le sauve.
8 Hèt. Il campe, l'ange de Yahvé, autour de ceux qui le craignent, et il les dégage.
9 Tèt. Goûtez et voyez comme Yahvé est bon ; heureux qui s'abrite en lui !
10 Yod. Craignez Yahvé, vous les saints : qui le craint ne manque de rien.
11 Kaph. Les jeunes fauves sont dénués, affamés ; qui cherche Yahvé ne manque d'aucun bien.
12 Lamed. Venez, fils, écoutez-moi, la crainte de Yahvé, je vous l'enseigne.
13 Mem. Où est l'homme qui désire la vie, épris de jours où voir le bonheur ?
14 Nun. Garde ta langue du mal, tes lèvres des paroles trompeuses ;
15 Samek. Évite le mal, fais le bien, recherche la paix et poursuis-la.
16 Aïn. Pour les justes, les yeux de Yahvé, et pour leurs clameurs, ses oreilles ;
17 Phé. contre les malfaisants, la face de Yahvé, pour ôter de la terre leur mémoire.
18 Çadé. Ils crient, Yahvé écoute, de toutes leurs angoisses il les délivre ;
19 Qoph. proche est Yahvé des coeurs brisés, il sauve les esprits abattus.
20 Resh. Malheur sur malheur pour le juste, mais de tous Yahvé le délivre ;
21 Shin. Yahvé garde tous ses os, pas un ne sera brisé.
22 Tav. Le mal tuera l'impie, qui déteste le juste expiera.
23 Yahvé rachète l'âme de ses serviteurs, qui s'abrite en lui n'expiera point.

Psaume 35 (34)

1 De David. Accuse, Yahvé, mes accusateurs, assaille mes assaillants ;
2 prends armure et bouclier et te lève à mon aide ;
3 brandis la lance et la pique contre mes poursuivants. Dis à mon âme : "C'est moi ton salut."
4 Honte et déshonneur sur ceux-là qui cherchent mon âme ! Arrière ! qu'ils reculent confondus, ceux qui ruminent mon malheur !
5 Qu'ils soient de la bale au vent, l'ange de Yahvé les poussant,
6 que leur chemin soit ténèbre et glissade, l'ange de Yahvé les poursuivant !
7 Sans raison ils m'ont tendu leur filet, creusé pour moi une fosse,
8 la ruine vient sur eux sans qu'ils le sachent ; le filet qu'ils ont tendu les prendra, dans la fosse, ils tomberont.
9 Et mon âme exultera en Yahvé, jubilera en son salut.
10 Tous mes os diront : Yahvé, qui est comme toi pour délivrer le petit du plus fort, le pauvre du spoliateur ?
11 Des témoins de mensonge se dressent, que je ne connais pas. On me questionne,
12 on me rend le mal pour le bien, ma vie devient stérile.
13 Et moi, pendant leurs maladies, vêtu d'un sac, je m'humiliais par le jeûne, et ma prière reprenait dans mon coeur,
14 comme pour un ami, pour un frère ; j'allais çà et là ; comme en deuil d'une mère, assombri je me courbais.
15 Ils se rient de ma chute, ils s'attroupent, ils s'attroupent contre moi ; des étrangers, sans que je le sache, déchirent sans répit ;
16 si je tombe, ils m'encerclent, ils grincent des dents contre moi.
17 Seigneur, combien de temps verras-tu cela ? Soustrais mon âme à leurs ravages, aux lionceaux ma personne.
18 Je te rendrai grâce dans la grande assemblée, dans un peuple nombreux je te louerai.
19 Que ne puissent rire de moi ceux qui m'en veulent à tort, ni se faire des clins d'oeil ceux qui me haïssent sans cause !
20 Ce n'est point de la paix qu'ils parlent aux paisibles de la terre ; ils ruminent de perfides paroles,
21 la bouche large ouverte contre moi ; ils disent : Ha ! ha ! notre oeil a vu !
22 Tu as vu, Yahvé, ne te tais plus, Seigneur, ne sois pas loin de moi ;
23 réveille-toi, lève-toi, pour mon droit, Seigneur mon Dieu, pour ma cause ;
24 juge-moi selon ta justice, Yahvé mon Dieu, qu'ils ne se rient de moi !
25 Qu'ils ne disent en leur coeur : Ha ! ma foi ! qu'ils ne disent : Nous l'avons englouti !
26 Honte et déshonneur ensemble sur ceux qui rient de mon malheur ; que honte et confusion les couvrent, ceux qui se grandissent à mes dépens !
27 Rires et cris de joie pour ceux-là que réjouit ma justice, ceux-là, qu'ils disent constamment : "Grand est Yahvé que réjouit la paix de son serviteur !"
28 Et ma langue redira ta justice, tout le jour, ta louange.

Psaume 36 (35)

1 Du maître de chant. Du serviteur de Yahvé. De David.
2 C'est un oracle pour l'impie que le péché au fond de son coeur ; point de crainte de Dieu devant ses yeux.
3 Il se voit d'un oeil trop flatteur pour découvrir et détester son tort ;
4 les paroles de sa bouche : fraude et méfait ! c'est fini d'être un sage. En fait de bien
5 il rumine le méfait jusque sur sa couche ; ils s'obstine dans la voie qui n'est pas bonne, la mauvaise, il n'en démord pas.
6 Yahvé, dans les cieux ton amour, jusqu'aux nues, ta vérité ;
7 ta justice, comme les montagnes de Dieu, tes jugements, le grand abîme. L'homme et le bétail, tu les secours, Yahvé,
8 qu'il est précieux, ton amour, ô Dieu ! Ainsi, les fils d'Adam : à l'ombre de tes ailes ils ont abri.
9 Ils s'enivrent de la graisse de ta maison, au torrent de tes délices tu les abreuves ;
10 en toi est la source de vie, par ta lumière nous voyons la lumière.
11 Garde ton amour à ceux qui te connaissent, et ta justice aux coeurs droits.
12 Que le pied des superbes ne m'atteigne, que la main des impies ne me chasse !
13 Les voilà tombés, les malfaisants, abattus sans pouvoir se relever.

Psaume 37 (36)

1 De David. Aleph. Ne t'échauffe pas contre les méchants, ne jalouse pas les artisans de fausseté :
2 vite comme l'herbe ils sont fanés, flétris comme le vert des prés.
3 Bét. Compte sur Yahvé et agis bien, habite la terre et vis tranquille,
4 mets en Yahvé ta réjouissance : il t'accordera plus que les désirs de ton coeur.
5 Gimel. Remets ton sort à Yahvé, compte sur lui, il agira ;
6 il produira ta justice comme le jour, comme le midi ton droit.
7 Dalèt. Sois calme devant Yahvé et attends-le, ne t'échauffe pas contre le parvenu, l'homme qui use d'intrigues.
8 Hé.Trêve à la colère, renonce au courroux, ne t'échauffe pas, ce n'est que mal ;
9 car les méchants seront extirpés, qui espère Yahvé possédera la terre.
10 Vav. Encore un peu, et plus d'impie, tu t'enquiers de sa place, il n'est plus ;
11 mais les humbles posséderont la terre, réjouis d'une grande paix.
12 Zaïn. L'impie complote contre le juste et grince des dents contre lui ;
13 le Seigneur se moque de lui, car il voit venir son jour.
14 Hèt. Les impies tirent l'épée, ils tendent l'arc, pour égorger l'homme droit, pour renverser le pauvre et le petit ;
15 l'épée leur entrera au coeur et leurs arcs seront brisés.
16 Tèt. Mieux vaut un peu pour le juste que tant de fortune pour l'impie ;
17 car les bras de l'impie seront brisés, mais Yahvé soutient les justes.
18 Yod. Yahvé connaît les jours des parfaits, éternel sera leur héritage ;
19 pas de honte pour eux aux mauvais jours, dans la famine ils seront rassasiés.
20 Kaph. Cependant les impies périront, les ennemis de Yahvé ; ils s'en iront comme la parure des prés, en fumée ils s'en iront.
21 Lamed. L'impie emprunte et ne rend pas, le juste a pitié, il donne ;
22 ceux qu'il bénit posséderont la terre, ceux qu'il maudit seront extirpés.
23 Mem. Yahvé mène les pas de l'homme, ils sont fermes et sa marche lui plaît ;
24 quand il tombe, il ne reste pas terrassé, car Yahvé le soutient par la main.
25 Nun. J'étais jeune, et puis j'ai vieilli, je n'ai pas vu le juste abandonné, ni sa lignée cherchant du pain.
26 Tout le jour il a pitié, il prête, sa lignée sera en bénédiction !
27 Samek. Évite le mal, agis bien, tu auras une habitation pour toujours ;
28 car Yahvé aime le droit, il n'abandonne pas ses fidèles. Aïn. Les malfaisants seront détruits à jamais et la lignée des impies extirpée ;
29 les justes posséderont la terre, là ils habiteront pour toujours.
30 Phé. La bouche du juste murmure la sagesse et sa langue dit le droit ;
31 la loi de son Dieu dans son coeur, ses pas ne chancellent point.
32 Çadé. L'impie guette le juste et cherche à le faire mourir ;
33 à sa main Yahvé ne l'abandonne, ne le laisse en justice condamner.
34 Qoph. Espère Yahvé et observe sa voie, il t'exaltera pour que tu possèdes la terre : tu verras les impies extirpés.
35 Resh. J'ai vu l'impie forcené s'élever comme un cèdre du Liban ;
36 je suis passé, voici qu'il n'était plus, je l'ai cherché, on ne l'a pas trouvé.
37 Shin. Regarde le parfait, vois l'homme droit : il y a pour le pacifique une postérité ;
38 mais les rebelles seront tous anéantis, la postérité des impies extirpée.
39 Tav. Le salut des justes vient de Yahvé, leur lieu fort au temps de l'angoisse ;
40 Yahvé les aide et les délivre, il les délivrera des impies, il les sauvera quand ils s'abritent en lui.

Psaume 38 (37)

1 Psaume. De David. Pour commémorer.
2 Yahvé, ne me châtie pas dans ton courroux, ne me reprends pas dans ta fureur.
3 En moi tes flèches ont pénétré, sur moi ta main s'est abattue,
4 rien d'intact en ma chair sous ta colère, rien de sain dans mes os après ma faute.
5 Mes fautes me dépassent la tête, comme un poids trop pesant pour moi ;
6 mes plaies sont puanteur et pourriture à cause de ma folie ;
7 ravagé, prostré, à bout, tout le jour, en deuil, je m'agite.
8 Mes reins sont pleins de fièvre, plus rien d'intact en ma chair ;
9 brisé, écrasé, à bout, je rugis, tant gronde mon coeur.
10 Seigneur, tout mon désir est devant toi, pour toi mon soupir n'est point caché ;
11 le coeur me bat, ma force m'abandonne, et la lumière même de mes yeux.
12 Amis et compagnons s'écartent de ma plaie, mes plus proches se tiennent à distance ;
13 ils posent des pièges, ceux qui traquent mon âme, ils parlent de crime, ceux qui cherchent mon malheur, tout le jour ils ruminent des trahisons.
14 Et moi, comme un sourd, je n'entends pas, comme un muet qui n'ouvre pas la bouche,
15 comme un homme qui n'a rien entendu et n'a pas de réplique à la bouche.
16 C'est toi, Yahvé, que j'espère, c'est toi qui répondras, Seigneur mon Dieu.
17 J'ai dit : "Qu'ils ne se rient de moi, qu'ils ne gagnent sur moi quand mon pied chancelle !"
18 Or, je suis voué à la chute, mon tourment est devant moi sans relâche.
19 Mon offense, oui, je la confesse, je suis anxieux de ma faute.
20 Ceux qui m'en veulent sans cause foisonnent, ils sont légion à me haïr à tort,
21 à me rendre le mal pour le bien, à m'accuser quand je cherche le bien.
22 Ne m'abandonne pas, Yahvé, mon Dieu, ne sois pas loin de moi ;
23 vite, viens à mon aide, Seigneur, mon salut !

Psaume 39 (38)

1 Du maître de chant. De Yedutûn. Psaume. De David.
2 J'ai dit : "Je garderai ma route, sans laisser ma langue s'égarer, je garderai à la bouche un bâillon, tant que devant moi sera l'impie."
3 Je me suis tu, silence et calme ; à voir sa chance, mon tourment s'exaspéra.
4 Mon coeur brûlait en moi, à force d'y songer le feu flamba et ma langue vint à parler :
5 "Fais-moi savoir, Yahvé, ma fin et quelle est la mesure de mes jours, que je sache combien je suis fragile.
6 Vois, d'un empan tu fis mes jours, ma durée est comme rien devant toi ; rien qu'un souffle, tout homme qui se dresse,
7 rien qu'une ombre, l'humain qui va ; rien qu'un souffle, les richesses qu'il entasse, et il ne sait qui les ramassera."
8 Et maintenant, que puis-je attendre, Seigneur ? Mon espérance, elle est en toi.
9 De tous mes péchés délivre-moi, ne me fais point la risée de l'insensé.
10 Je me tais, je n'ouvre pas la bouche, car c'est toi qui es à l'oeuvre.
11 Éloigne de moi tes coups, sous les assauts de ta main je me consume.
12 Reprenant les torts, tu corriges l'homme, comme la teigne, tu ronges ses désirs. Rien qu'un souffle, tous les humains.
13 Écoute ma prière, Yahvé, prête l'oreille à mon cri, ne reste pas sourd à mes pleurs. Car je suis l'étranger chez toi, un passant comme tous mes pères.
14 Détourne ton regard, que je respire, avant que je m'en aille et ne sois plus.

Psaume 40 (39)

1 Du maître de chant. De David. Psaume.
2 J'espérais Yahvé d'un grand espoir, il s'est penché vers moi, il écouta mon cri.
3 Il me tira du gouffre tumultueux, de la vase du bourbier ; il dressa mes pieds sur le roc, affermissant mes pas.
4 En ma bouche il mit un chant nouveau, louange à notre Dieu ; beaucoup verront et craindront, ils auront foi en Yahvé.
5 Heureux est l'homme, celui-là qui met en Yahvé sa foi, ne tourne pas du côté des rebelles égarés dans le mensonge !
6 Que de choses tu as faites, toi, Yahvé mon Dieu, tes merveilles, tes projets pour nous : rien ne se mesure à toi ! Je veux l'annoncer, le redire : il en est trop pour les énumérer.
7 Tu ne voulais sacrifice ni oblation, tu m'as ouvert l'oreille, tu n'exigeais holocauste ni victime,
8 alors j'ai dit : Voici, je viens. Au rouleau du livre il m'est prescrit
9 de faire tes volontés ; mon Dieu, j'ai voulu ta loi au profond de mes entrailles.
10 J'ai annoncé la justice de Yahvé dans la grande assemblée ; vois, je ne ferme pas mes lèvres, toi, tu le sais.
11 Je n'ai pas celé ta justice au profond de mon coeur, j'ai dit ta fidélité, ton salut, je n'ai pas caché ton amour et ta vérité à la grande assemblée.
12 Toi, Yahvé, tu ne fermes pas pour moi tes tendresses ! ton amour et ta vérité sans cesse me garderont.
13 Car les malheurs m'assiègent, à ne pouvoir les dénombrer ; mes torts retombent sur moi, je n'y peux plus voir ; ils foisonnent plus que les cheveux de ma tête et le coeur me manque.
14 Daigne, Yahvé, me secourir ! Yahvé, vite à mon aide !
15 Honte et déshonneur sur tous ceux-là qui cherchent mon âme pour la perdre ! Arrière ! honnis soient-ils, ceux que flatte mon malheur !
16 qu'ils soient stupéfiés de honte, ceux qui me disent : Ha ! ha !
17 Ils jubileront et se réjouiront en toi tous ceux qui te cherchent ; ils rediront toujours : "Dieu est grand !" ceux qui aiment ton salut.
18 Et moi, pauvre et malheureux, le Seigneur pense à moi. Toi, mon secours et sauveur, mon Dieu, ne tarde pas.

Psaume 41 (40)

1 Du maître de chant. Psaume. De David.
2 Heureux qui pense au pauvre et au faible : au jour de malheur, Yahvé le délivre ;
3 Yahvé le garde, il lui rend vie et bonheur sur terre : oh ! ne le livre pas à l'appétit de ses ennemis !
4 Yahvé le soutient sur son lit de douleur ; tu refais tout entière la couche où il languit.
5 Moi, j'ai dit : "Pitié pour moi, Yahvé ! guéris mon âme, car j'ai péché contre toi !"
6 Parlant de moi, mes ennemis me malmènent : "Quand va-t-il mourir et son nom périr ?"
7 Vient-on me voir, on dit des paroles en l'air, le coeur plein de malice, on déblatère au-dehors.
8 Tous à l'envi, mes haïsseurs chuchotent contre moi, ils supputent contre moi le malheur qui est sur moi :
9 "C'est une plaie d'enfer qui gagne en lui, maintenant qu'il s'est couché, il n'aura plus de lever."
10 Même le confident sur qui je faisais fond et qui mangeait mon pain, se hausse à mes dépens.
11 Mai